Spoilers.
Salah Abou Seif faisait partie des noms de l’âge d’or égyptien à essayer. C’est chose faite avec ce Je ne dors point, mélo pervers prenant place dans de riches décors dignes d’une tragédie antique1. Le film est plutôt convaincant, mais dysfonctionnel : il y a comme un écart (qu’on peut aussi voir comme une singularité) entre sa relative sophistication formelle (jeux de couleurs Sirkiens) et la grossièreté de ce qu’il dit. Surexplicités à chaque étape, le drame œdipien et le tableau de la faute féminine (quasi biblique, à ce stade) semblent moins produire du mythe que touiller les lapalissades morales de la société où le film a vu le jour, sans interroger les ressorts plus profonds du personnage.
Le point central le plus intéressant du récit, c’est cette méchanceté intrinsèque, terrifiante pour elle-même, que l’héroïne confesse dès l’ouverture ; mais sans cesse ramenée à des questions de salut religieux, plutôt que d’explorer la nature du mal, elle n’a pas beaucoup l’occasion de fasciner.
Aussi riche le film soit-il thématiquement, tout cela manque donc un peu de double fond (quelle cruauté peut cacher cette gentillesse mielleuse de la belle-mère, par exemple, entre mille autres choses). Mais c’est aussi, paradoxalement, ce qui fait sa force : son manque de subtilité lui permet toutes les situations outrées (un peu comme un film privé de surmoi), par le biais des réflexes et des formes “innocentes” du soap-opéra. La fille si coupable qu’elle en brûle, son voyeurisme quand papa passe la première nuit avec sa belle, la violence du châtiment divin de torture intérieure qu’elle vit en retour… De ses prémisses adolescentes à sa scène de mariage tendue, le film a largement matière à déployer sa force expressive, aboutissant à une tragédie moins fondamentalement ratée qu’un peu frustrante.
Aussi titré Nuits sans sommeil.
La Anam en VO. [extrait]
Notes
