Légers spoilers.
Dès l’ouverture, qui nous projette dans le récit avec violence (trains, aboiements, tempête : la sexualité arrive en ville), en dépliant un mélange d’humour et de narration muette au jeu d’acteur nuancé, on sent qu’on est un cran au-dessus de la production tchèque que le cycle de la fondation Seydoux avait laissé entrevoir – en tout cas loin de la tentation du serial, ou des contours naïfs de la fiction à rebondissements… C’est que Machatý amène avec lui une part de l’esprit des avant-gardes, sensible dès l’ouverture par ce goût des machines, des expérimentations visuelles, ou par certains tics qui feront aussi quelques années plus tard la signature d’Extase (comme passer par des objets pour construire une scène à résonnance symbolique). Mais tout froid et virtuose soit-il, le film ne semble que rarement au service d’une démonstration de force formelle : Machatý trouve ici un équilibre assez idéal entre ces inventions (qui sont d’ailleurs plus souvent des intuitions, des choses qui ne sont pas associables à un programme – cette main crispée qui dépasse du lit lors de l’accouchement, par exemple) et un vrai premier degré du récit, avec un souci des personnage qui chez lui se manifeste par un goût des gros plans resplendissants, des visages intenses, qui restent le cœur de sa mise en scène, le nœud où tous les enjeux se cristallisent. Ces gros plans sont aussi le moyen de rentrer en adhésion avec l’héroïne, dont les désirs et peurs sont encore une fois au centre du film (cette scène de première fois où l’on est littéralement trimballés avec elle, voyant ce qu’elle voit de la chambre). Erotikon, enfin, surprend par la manière dont, par-delà son titre aguicheur ou ses quelques scènes de plaisir (Extase n’est donc pas le premier orgasme féminin filmé au cinéma), il se consacre en fait à cinq personnages profondément romantiques, jaloux et attachés, et d’abord ferrés à cause de cela. Seul le final, qui semble conclure par une situation un peu simple où tout est moralement à sa place, déçoit quelque peu l’ambition du film.
Séduction en (vieille) VF.

L’image que tu glisses d’Erotikon dont je ne sais rien, sur lequel je ne lis rien, risque de me revenir à l’esprit dans un moment d’indolence.
J’ai hésité à mettre cette image, tant elle est assez peu représentative du film (quoiqu’elle donne une idée de ses quelques accents avant-garde), mais c’est l’une des seules existantes et elle claquait bien :-) Bref, si tu vois le film, n’attends pas forcément quelque chose qui ressemble à ça.