Ce film de poker sur fond de traumatisme Irakien fut une très belle surprise de fin d’année (du moins pour moi qui n’avait pas vu First Reformed, dont il est semble-t-il le jumeau). Ce film très convaincant marque surtout par sa manière : celle d’un cinéaste des années 70, qui en ramène sur nos écrans le goût particulier (frontalité politique qui ne se contente pas de petites allusions, geste sobre et patient, ambiance défaite et sépulcrale, confiance en la concentration du spectateur), tout en bénéficiant de l’apaisement qui est à présent le sien, celui d’un cinéaste âgé à la maîtrise souveraine. Cette approche, en se confrontant aux spécificités du cinéma des années 2010 (ses jeunes nouveaux acteurs, son numérique clinique, ses musiques électro, son monde clinquant), crée un mélange assez revigorant, qui évoque les percées récentes de Friedkin au cinéma. Le film dialogue également étonnamment bien avec l’époque par la manière dont il semble, sans le vouloir, inventer une origin story à tous ces personnes de spécialistes et de génies autistes, humainement éteints, qui ont peuplé le cinéma et les séries des deux dernières décennies.
