Kandisha Julien Maury et Alexandre Bustillo / 2020

Après qu’un garçon ait tenté d’abuser d’elle, une jeune fille invoque l’esprit de Kandisha, créature vengeresse issue d’une légende marocaine…

Quelques spoilers.
 

Chroniquant souvent dans mes notules des direct-to-video, je suis surpris de devoir y ajouter le travail d’un duo (Julien Maury et Alexandre Bustillo) ayant pourtant déjà sorti des œuvres en salles. De ce film de genre français, on a envie de dire que c’est une “honnête tentative” – comme pour tous les films de genre français, donc. Il y a ici une idée, celle de mêler le décor de la banlieue au cinéma fantastique, et d’en réadapter les codes en fonction (on va voir l’imam comme on allait voir le curé dans les vieux films de fantômes, etc.). De ce collage, il ressort malheureusement le plus mou des deux mondes, entre un film en cité prudent (son trio d’héroïnes qui fleure le volontarisme Benetton, comme le soulignent consciencieusement les dialogues), et un film fantastique très banal. Car ce sont les normes les plus éculées du genre qui sont ici avalisées, sous prétexte de les dépayser d’un changement de décor : personnages impuissants qui ne font rien pour agir, figure puritaine de femme-démon (mi-érotique mi-animale, forcément)… Il reste de belles pistes, à commencer par l’inversion du régime habituel (ce sont ici les hommes les potentielles victimes), mais le film semble l’ignorer (ne serait-ce que parce qu’il ne montre jamais les hommes lucides ou inquiets de l’être à présent, des victimes) : ainsi déconnectées de tout mouvement de fond, les trouvailles n’ont pas beaucoup d’impact. Où est par exemple, une fois passé ce premier ex-petit ami dangereux, l’oppression masculine générale (ou au contraire, son absence manifeste) à laquelle le démon du passé répond ? Quel est le sens de ce fantôme qui tue “trop” ou “pas les bons” ? Sa vengeance doit-elle être comprise comme anachronique ? Ou comme un not all men maladroit ? Ou seulement sous l’angle colonial évoqué – mais alors, où cela résonne-t-il dans le film (qui, c’est l’un de ses bons côtés, montre justement une cité sympathique sortie de l’imagerie hystérique des conflits avec la capitale) ? Faute d’une forme ou d’un récit qui prenne en charge ces multiples vides, l’ensemble paraît bien hasardeux.

 

Notules # 15

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Lettre William Wyler USA 1940
L’Obsédé William Wyler USA 1965
Palombella rossa Nanni Moretti Italie 1989
Au feu les pompiers ! Miloš Forman Tchécoslovaquie 1968
Les Trois Âges Buster Keaton USA 1923
Le Spécialiste Sergio Corbucci Italie 1969
D’où viens-tu Johnny Noël Howard France 1963
Brèves amours Camillo Mastrocinque, Giuliano Carnimeo Italie / France 1959
L’Apparition Xavier Giannoli France 2018
Nul homme n’est une île Dominique Marchais France 2018
Le Collier rouge Jean Becker France 2018
Lady Bird Greta Gerwig USA 2018
Les Heures sombres Joe Wright Royaume-Uni 2018
La Malédiction des Winchester Michael et Peter Spierig USA / Australie 2018
Le Labyrinthe – Le remède mortel Wes Ball USA 2018
Le Jour de mon retour (The Mercy) James Marsh Royaume-Uni 2018