Notes sur les films vus # 15

Maurice • James Ivory (1987)
Mektoub, my love : canto uno • Abdellatif Kechiche (2018)
L’Île aux chiens • Wes Anderson (2018)
Docteur Jerry et Mister Love • Jerry Lewis (1963)
Les Garçons sauvages • Bertrand Mandico (2018)

Ready Player One • Steven Spielberg (2018)
The Greatest Showman • Michael Gracey (2018)

Notes sur les films vus # 15

Maurice • James Ivory (1987)
Mektoub, my love : canto uno • Abdellatif Kechiche (2018)
L’Île aux chiens • Wes Anderson (2018)
Docteur Jerry et Mister Love • Jerry Lewis (1963)
Les Garçons sauvages • Bertrand Mandico (2018)
Ready Player One • Steven Spielberg (2018)

The Greatest Showman • Michael Gracey (2018)

Notules # 15

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Lettre William Wyler USA 1940
L’Obsédé William Wyler USA 1965
Palombella rossa Nanni Moretti Italie 1989
Au feu les pompiers ! Miloš Forman Tchécoslovaquie 1968
Les Trois Âges Buster Keaton USA 1923
Le Spécialiste Sergio Corbucci Italie 1969
D’où viens-tu Johnny Noël Howard France 1963
Brèves amours Camillo Mastrocinque, Giuliano Carnimeo Italie / France 1959
L’Apparition Xavier Giannoli France 2018
Nul homme n’est une île Dominique Marchais France 2018
Le Collier rouge Jean Becker France 2018
Lady Bird Greta Gerwig USA 2018
Les Heures sombres Joe Wright Royaume-Uni 2018
La Malédiction des Winchester Michael et Peter Spierig USA / Australie 2018
Le Labyrinthe – Le remède mortel Wes Ball USA 2018
Le Jour de mon retour (The Mercy) James Marsh Royaume-Uni 2018

Love, Simon Greg Berlanti / 2018

Simon a une vie normale, des parents aimants, d’excellents amis. Mais il a un secret : personne ne sait qu’il est gay. Un soir sur le blog de son lycée, un jeune homme, homosexuel et caché comme lui, publie dans un billet anonyme ce qu’il a sur le cœur. Simon décide alors d’entrer en contact avec lui…

Quelques spoilers.

Il se trouve que ma première angoisse cinéphile, à l’adolescence, fut directement liée à mon homosexualité : c’était une angoisse de l’identification. Je n’avais bien sûr aucun mal à me projeter dans des récits d’amours hétéros, mais j’avais tout de même très vite remarqué que je m’identifiais bien plus fort aux romances entre garçons – et je n’entends pas seulement par là que j’avais soif de représentations (même si en ces débuts d’années 2000, cela restait rare), mais que je me retrouvais dans cette situation bizarre où des direct-to-video honteux me procuraient plus d’émotions que certains grands films. Pour moi qui idéalisait alors le cinéma comme langue universelle, comme moyen de transcender les différences entre spectateurs, cette impureté du regard me mettait mal à l’aise : un peu comme si je me découvrais daltonien, comprenant soudain que cette couleur que nous nommions tous pareil, nous la voyions différemment, que nous avions des expériences esthétiques radicalement distinctes. En somme, je me demandais si mes amis hétéros vivaient constamment l’intense identification que je ressentais devant ces rares films gay, si c’était là leur quotidien de spectateur lambda – ou s’ils développaient rapidement une insensibilité qui fait que nous avions, au final, les mêmes émotions devant l’écran.

Les années ont passé, les homosexuels au cinéma se sont faits bien moins rares, et mon implication dans la plupart des films, quels qu’ils soient, s’est égalisée en un continuum plus gris. Quelle ne fut alors pas ma surprise, devant la bande-annonce de Love, Simon (qui s’annonçait comme un film adolescent tout ce qu’il y a de plus standard – et spoilers : ça l’est), de me retrouver les larmes aux yeux, avec l’intime et profonde conviction que ce film m’aurait sauvé la vie si je l’avais vu adolescent. Je ne suis pas le seul à le penser, visiblement, le film étant devenu une sorte d’évènement outre-Atlantique, déclenchant des coming-out en cascade. Mais pourquoi donc ? La seule innovation concrète de Love, Simon, c’est d’être le premier film de studio (c’est-à-dire un film que tout le monde aura vu, familles et enfants compris) avec un personnage central gay – ce n’est pas rien, certes, mais vraiment au point de faire étape ? Serait-on devant un simple enjeu de représentativité (comme les récents Wonder Woman et Black Panther, qui offraient aux minorités leur propre film de super-héros, en thématisant et questionnant cette différence) ?

Le tour de passe-passe de Love, Simon est plus retors, et sa clé réside sans doute dans ce que le film se choisit comme première réplique : « I’m just like you  ». Car là se révèle le principe phare du film, son premier mérite : celui de faire rentrer un récit de coming-out dans le cadre de la comédie romantique adolescente la plus générique, la plus standard, la plus normative possible1 – et d’achever ainsi l’intégration de l’homosexualité et de ses émotions (le poids du secret, la peur d’être démasqué, les béguins impossibles…) dans une esthétique permettant l’identification de tous. Cette toute-puissance de la norme (jusqu’à des extrêmes puants : « allons te trouver des habits qui me donnent pas envie de te frapper !  ») débarrasse le film de tout ce qui peut faire "cas" ou "sujet", évacuant les accents coupables et douloureux qui ont toujours accompagné l’homosexualité (le rejet familial, par exemple), pour embrasser le désir de légèreté, de camaraderie et d’optimisme, mais aussi de normalité (ce besoin de se fondre dans la masse), qui sont le propre de l’adolescence. À l’écran se déploie ainsi un invisible et spectaculaire processus d’assimilation : ceci sera un teen-movie, et non un "film gay". En ce sens, le cadre d’une banlieue riche et blanche, qu’on a pu reprocher au film2, est un choix hautement logique avec son programme : ce décor n’est pas le décor des classes aisées d’Atlanta ; c’est le décor du film hollywoodien standard, le papier peint universel, c’est le décor de tout spectateur au monde.

On peut donc reconnaître cela au film, cette capacité à vraiment savoir trouver la bonne note (de par le choix de son acteur, par exemple : lisse mais émouvant, cool mais réservé, ni viril ni efféminé, un savant équilibre) qui rend l’ensemble charmant, confortable, rassurant, sécurisant – à contrepied de tout ce que l’homosexualité a pu être au cinéma (comique, communautaire, référentielle, revendicatrice, douloureuse, ou subversive). Et c’est là sa force, c’est ce qui soulève des montagnes.

On le ressent notamment à la rencontre finale des deux garçons, enfin prêts et installés, désormais reconnus par le film et le public, silencieux alors que s’élève leur nacelle (sur une musique presque épique d’ailleurs, bien plus que romantique) : à son corps défendant, le moment trimballe une charge phénoménale. Car la tension qui se libère alors des deux adolescents se penchant l’un vers l’autre (pouvoir enfin embrasser un autre garçon) est indissociable de celle se libérant de l’Histoire du cinéma (pouvoir enfin le faire dans un teen-movie hollywoodien) : ce relâchement tant attendu, ce sentiment d’avoir enfin réussi à rendre cet amour tangible, est alors tant l’affaire des deux personnages (presque surpris de se voir exister là, comme couple et pour de vrai) que l’affaire du public (qui voit l’homosexualité se matérialiser, soudain réelle à l’écran). On lit de nombreux témoignages de jeunes gays, aux USA, se disant métamorphosés par la vision d’une salle de cinéma entière – pleine de familles texanes, venues avec leur marmaille – applaudir à tout rompre ce baiser que le héros a conquis. Or il est flagrant que c’est exactement la configuration que le film, en miniature, met déjà en scène : deux garçons s’embrassant à la vue de tous (la nacelle qui monte comme pour les poser sur scène), devant un public (un parterre de lycéens, avec boissons et popcorn) hurlant son acceptation en applaudissant.

C’est la très claire limite du projet : sacrifier toute profondeur (comme l’intimité véritable qu’aurait demandé ce moment) à sa mission normalisatrice. Si le film est souvent juste et touchant, sachant parfois saisir l’essence d’une adolescence homosexuelle avec une précision terrible (« C’est comme si depuis quelques années tu te retenais de respirer…  »), il préfèrera toujours soudoyer son spectateur par des accents de familiarité (ce jeune homme normal comme toi, dans ce film young adult comme tu les connais), plutôt que prendre le risque de lui faire partager des sentiments plus forts. Il est par exemple parlant que la peur d’être découvert ne s’exprime pas tant par des scènes liées à Simon lui-même (son ressenti, son expérience), que par la traduction de cette peur en levier scénaristique (le maître-chanteur, une belle idée mais qui prend très vite toute la place, en une série de péripéties ingrates dont le personnage principal ne sort pas grandi). Le dialogue entre intériorité et extériorité qui aurait pu rythmer le film (entre espoirs et angoisse, entre envie d’amour et peur de perdre celui des autres…) n’existera au final que par la façon dont l’échange de mails anonymes, cette bulle d’intimité, s’oppose au quotidien peuplé du lycée – mais le film n’en joue pas assez pour en sortir ne serait-ce qu’une vraie belle scène.

Voici donc ce qu’est Love, Simon : un produit générique, lisse et anodin, qui refuse de jouer nos émotions à un niveau plus fort, de peur d’abîmer son ambition de feel-good movie. Mais qui, à sa façon bizarre et souriante, de par sa terrassante banalité, débarrasse l’homosexualité de ses dernières traces de phobie ou d’altérité, pour définitivement la faire rentrer dans le champ du quelconque. Et cela est effectivement une sorte de séisme. Tant pis pour le film, qui n’a rien à proposer ; tant mieux pour les jeunes adolescents émus qui le découvriront, qui en tireront de la confiance, et de la force – et qui n’auront peut-être jamais, qui sait, à se confronter à quelque angoisse cinéphile que ce soit.

 
 

Notes

1 • On pourra s’amuser d’une autre réplique, qui clôt l’une des dernières missives de Simon : « moi aussi j’ai droit à une grande histoire d’amour  ». Une manière à peine voilée de dire qu’il a lui aussi droit à son teen-movie, à son happy-end – bref, à tous les codes exigés.

2 • N’étant pas efféminé ni de couleur, avec une famille acceptante et personne pour le malmener, Simon est en effet un “privilégié”. On ne s’étendra pas sur cette mode consistant à hiérarchiser les souffrances, mais on pourra remarquer que les créateurs du film ont senti venir le coup, puisque un personnage secondaire gay (noir, efféminé et moqué) vient réunir tous les critères requis, histoire de montrer patte blanche.

Si tu tends l’oreille Yoshifumi Kondō / 1995

Ce texte a initialement été écrit pour les 10 ans de la Kinopithèque ! Vous pouvez l’y retrouver à cette adresse, et retrouver tous les textes de blogueurs écrits ou republiés à l’occasion de cet anniversaire en cliquant ici.

Quelques spoilers.

Quand Benjamin nous a proposé d’écrire sur un film pour fêter les dix ans de ce blog, j’ai pensé à ces marqueurs qui constituent, pour chacun d’entre nous, les étapes-clé de la construction d’une cinéphilie. Pour moi il y eut par exemple Bresson : le premier qui me fit découvrir qu’on pouvait aimer le cinéma ancien sincèrement, intensément, et non avec ce froid respect culturel, comme on le fait au musée, le doigt sur le menton… Il y eut aussi Devdas (Bhansali), qui me fit retoucher du doigt une sensation d’émerveillement total, que je pensais à jamais enterrée avec l’enfance, et dont j’avais en quelque sorte fait le deuil. Ou encore Jambon Jambon (Lunas), vu jeune adolescent, qui me fit comprendre que l’excitation érotique au cinéma n’était pas ce plaisir coupable dont le film serait l’hypocrite excuse, mais l’une de ces choses intimes et essentielles qu’un cinéaste, qui n’a qu’une vie, a pour première urgence de nous transmettre…

Parmi tous ces films-étapes s’en trouve un, Si tu tends l’oreille, sur lequel je n’ai jamais réussi à écrire. Ce film me touchait sans doute d’abord pour son histoire à la Orgueil et préjugés (défiance tournant en romance, froideur pudique du garçon à atteindre…), mais pas seulement. C’est un Ghibli méconnu, réalisé par l’homme qui devait succéder à Miyazaki et Takahata (sa mort prématurée en décidera autrement). On lui préfère souvent un autre Ghibli oublié de la même époque, l’excellent Souvenirs goutte-à-goutte, qui constitue une proposition de cinéma autrement plus ambitieuse, plus identifiable, dans sa manière de mêler une approche presque documentaire à d’inattendues percées oniriques. Si tu tends l’oreille, lui, est sobre à toute épreuve : c’est une petite histoire d’amour collégienne, scénarisée par un Miyazaki qui y ressasse un peu mollement ses marottes, et qui n’entend en rien redéfinir le cinéma. Au contraire, c’est le parangon d’un classicisme tranquille.

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Qu’est-ce qui fait de ce film de rien une œuvre immense ? Une manière, peut-être, de s’y cogner, est d’oublier les questions de mise en scène, et de simplement observer les effets que la vision procure : Si tu tends l’oreille donne furieusement envie d’habiter au Japon. Oh, pas d’une manière nationaliste, ou culturelle. Le patrimoine national est même relativement absent du film : on y parcourt un magasin à horloges allemandes, on y chante à répétition une chanson américaine, et le personnage central veut partir étudier en Italie…

Non, si le Japon se fête, c’est dans le quotidien le plus atrocement banal, à commencer par celui de l’appartement. C’est une série de scènes de petits matins mal réveillés, de devoirs d’école qu’on fait à la lumière d’une lampe, de couettes où l’on paresse, de vaisselle qu’on range à la va-vite. Un quotidien d’autant plus prégnant qu’il est célébré par l’animation, qui prend le temps de mouvoir les éléments les plus anodins : un gros linge qui pend, un rideau tiré qui cesse de se balancer, la masse d’une vielle porte métallique et moche – chacun de ces objets visiblement pensé dans son poids, sa vitesse, sa matière, chacun ayant été réfléchi, conscientisé par l’animation, conférant à ce quotidien banal une terrible présence. A l’époque, la 3D n’avait pas encore investi le dessin animé 2D pour y gérer les déplacements ou les perspectives, et chaque mouvement de ligne, dessiné à la main, en devient d’autant plus tangible. Le monde à l’image en tire une épaisseur folle, qui éloigne le film d’un naturalisme sage (ce qui ne serait qu’une méticuleuse retranscription des appartements de Tokyo), pour en faire une muette célébration des choses, des corps, et du monde journalier.

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Il est alors frappant de voir combien les écarts Miyazakiens que le film propose pour nous émerveiller (les scènes fantastiques illustrant le roman de Shizuku, la surcharge baroque du magasin d’antiquités) font pâle figure à côté du spectacle de cette vie quotidienne, devenue presque féérique en elle-même1. La précision calme des gestes parfaitement retranscrits, et des humeurs qu’ils dessinent (agitation, tranquillité, fatigue), inscrivent les aléas du récit dans une matérialité fascinante, qui se métamorphose au gré des espaces et des climats, comme autant de petits poèmes en prose : « lire dans une chambre serrée quand il fait beau dehors  » ; « la fraicheur urgente d’un sentier de terre, entre deux murs étroits  » ; « un banc éclairé dans la nuit tiède et dépitée  » ; « le sol apaisé d’un toit mouillé après la pluie  »… Le film restitue à la perfection ces multiples facettes et sensations d’un été urbain vécu à hauteur d’adolescents. Et quand on approche de la fin du récit, dans cette chambre d’enfant désormais nue, à la blanche et sobre lumière d’octobre, on se rend compte combien cette humble petite pièce a été le réceptacle des milles humeurs et ambiances ayant frappé le film.

L’émerveillement discret de Si tu tends l’oreille tient aussi à la paradoxale liberté qui l’imprègne, sous le joug des heures de cours et des examens : dans ce monde, les enfants semblent presque laissés à eux-mêmes. C’est un univers aux adultes distants, peu envahissants : chez Shizuku, ce sont les deux sœurs qui font tourner la maison, investissant l’espace à leur envie – la seule fois où les parents reprendront leur rôle, ce sera pour laisser leurs filles faire leur propres choix (délaisser ses études pour l’une, déménager pour l’autre). Shizuku est donc libre d’explorer le monde à sa guise, dans une banlieue verticale transformée en terrain de Parkour (la poursuite du chat, notamment, déplie l’espace de toutes les façons possibles). Cette jeunesse qui s’invente sous nos yeux, en direct, comme contrainte d’improviser face à ses premiers choix de vie, cherchant la bonne réaction aux situations qui la frappent (les imbroglios amoureux), invente sur le tas ses propres principes, élit ses propres coins secrets (le magasin pour elle, la butte pour lui). L’image récurrente de Shizuku surplombant l’immensité disponible de Tokyo, au hasard d’une percée dans le labyrinthe urbain, cristallise cette impression frappante d’une adolescence contemplant son infini terrain de jeu, et les innombrables et effrayantes potentialités de son avenir…

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Le monde et ses climats n’ont alors plus qu’à se mettre au diapason de cette amplitude émotionnelle, et il arrive un moment où l’on ne sait plus vraiment si ce sont les personnages qui réagissent aux changements de la lumière, à l’agitation ou à la tranquillité d’un quartier, aux variations de la météo – ou bien l’inverse. Prenez cette découverte finale du jeune amant qui revient au pays plus tôt que prévu, et qui apparaît, tel un fantôme heureux, dans le petit matin d’une rue vide et endormie, presque apocalyptique : son corps maigre chauffe sous le lourd manteau, son sourire expire de l’air embué. La relation à distance, comme rentrée en période de gel, se réveille alors dans le froid de sa mise en pause ; et la pureté du matin glacial donne la mesure de celle des sentiments, sous les sourires et maladresses amusées. Un autre exemple : celui du garçon avouant un amour non réciproque, et dont le désir frustré, douloureux, brûle sous l’échange qu’on essaie de garder calme. La scène se joue près d’un temple, sous les arbres, et à travers les feuillages, les tâches de soleil percent et brûlent, à l’image du visage honteux et humilié de l’adolescent qui rougit, de tout un arrière-monde de sentiments inavoués se cognant au refus.

Cette osmose ne se donne pas en spectacle, elle ne se joue pas sur le mode de l’expressivité savante, de la métaphore habile. Elle réside simplement en une sensation permanente de cohérence, qui tient moins à une capacité à recréer le monde à l’identique, qu’à une manière de deviner, constamment, l’écrin que celui-ci doit offrir à ses personnages. Cette sensation permanente et enveloppante de justesse, qui se loge dans les choix de découpage les plus élémentaires, ou dans une capacité naturelle à savoir simplement jouir du moment (la fameuse scène de chant), fait de Si tu tends l’oreille un film indécryptable, impossible à anoblir des pompeux habits de l’art, totalement opaque dans son anodine évidence, imperméable à l’analyse. Un film parfait, en somme.

Mimi wo sumaseba en VO.

 
 

Notes

1 • Je me dois ici de citer le bel article que Matthieu Macheret avec écrit pour Le Monde à la ressortie du film (dont je ne sais trop combien il a influencé ce texte), et qui soulignait déjà cette particularité : « Une émotion intense sourd de la restitution infiniment précise du quotidien (…). La pente initiatique du récit ne va pas chercher le merveilleux dans l’imaginaire, mais le recueille à la surface des choses : dans les recoins de la ville, la beauté d’un geste, la fugacité des impressions lumineuses ou la contemplation de l’instant.  »

Notes sur les films vus # 14

Coco • Lee Unkrich et Adrian Molina (Pixar) (2017)
Wonderstruck • Todd Haynes (2017)
Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles • Chantal Akerman (1976)
L’Amour extra-large • Peter et Bobby Farrelly (2001)
Star Wars 8 : Les Derniers Jedi • Rian Johnson (2017)
Le Bannissement • Faute d’amour • Andrey Zvyagintsev (2006-2017)
Blade Runner 2049 • Denis Villeneuve (2017)
Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? • Robert Aldrich (1962)

Notes sur les films vus # 14

Coco • Lee Unkrich et Adrian Molina (Pixar) (2017)
Wonderstruck • Todd Haynes (2017)
Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles • Chantal Akerman (1976)
L’Amour extra-large • Peter et Bobby Farrelly (2001)
Star Wars 8 : Les Derniers Jedi • Rian Johnson (2017)
Le Bannissement • Faute d’amour • Andrey Zvyagintsev (2006-2017)
Blade Runner 2049 • Denis Villeneuve (2017)
Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? • Robert Aldrich (1962)

Notes sur les films vus # 14

Coco • Lee Unkrich et Adrian Molina (Pixar) (2017)
Wonderstruck • Todd Haynes (2017)
Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles • Chantal Akerman (1976)

L’Amour extra-large • Peter et Bobby Farrelly (2001)
Star Wars 8 : Les Derniers Jedi • Rian Johnson (2017)
Le Bannissement • Faute d’amour • Andrey Zvyagintsev (2006-2017)
Blade Runner 2049 • Denis Villeneuve (2017)
Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? • Robert Aldrich (1962)