Notes sur les films vus #18

Phantom Thread • Paul Thomas Anderson (2018)
Haut les cœurs ! • Sólveig Anspach (1999)
Gentleman Jim • Raoul Walsh (1942)
Douleur et gloire • Pedro Almodóvar (2019)
Le Retour d’un aventurier • Moustapha Alassane (1966)
Alita : Battle Angel • Robert Rodriguez (2019)
Leto • Kirill Serebrennikov (2019)

Notes sur les films vus #18

Phantom Thread • Paul Thomas Anderson (2018)
Haut les cœurs ! • Sólveig Anspach (1999)
Gentleman Jim • Raoul Walsh (1942)

Douleur et gloire • Pedro Almodóvar (2019)
Le Retour d’un aventurier • Moustapha Alassane (1966)
Alita : Battle Angel • Robert Rodriguez (2019)
Leto • Kirill Serebrennikov (2019)

Notes sur les films vus #18

Phantom Thread • Paul Thomas Anderson (2018)
Haut les cœurs ! • Sólveig Anspach (1999)
Gentleman Jim • Raoul Walsh (1942)
Douleur et gloire • Pedro Almodóvar (2019)
Le Retour d’un aventurier • Moustapha Alassane (1966)

Alita : Battle Angel • Robert Rodriguez (2019)
Leto • Kirill Serebrennikov (2019)

Notes sur les films vus #18

Phantom Thread • Paul Thomas Anderson (2018)
Haut les cœurs ! • Sólveig Anspach (1999)
Gentleman Jim • Raoul Walsh (1942)
Douleur et gloire • Pedro Almodóvar (2019)
Le Retour d’un aventurier • Moustapha Alassane (1966)
Alita : Battle Angel • Robert Rodriguez (2019)

Leto • Kirill Serebrennikov (2019)

Tolkien Dome Karukoski / 2019

Orphelin, le jeune Tolkien trouve l’amitié et l’inspiration au sein d’un groupe de camarades de son école. Mais la Première Guerre Mondiale n’est pas loin…

Légers spoilers.
 

Dans les grandes lignes, Tolkien ne surprend pas : il s’agit d’un biopic assez lisse, sans profondeur émotionnelle ni réelle prise de risque, rehaussé par le principe ludique un peu vain de récolter dans la vie de l’écrivain les indices qui pourraient évoquer son futur roman (la campagne d’enfance pour la Comté, l’Angleterre noire de la révolution industrielle pour le Mordor, etc.).

L’ensemble cependant se révèle étonnamment plaisant, et réussit même l’exploit de déjouer l’ennui propre au genre. C’est qu’à force de vouloir récolter les signes avant-coureurs du Seigneur des anneaux, le film se perd régulièrement dans le bain tiède et agréable de sa propre rêverie. Pour le dire autrement, la trilogie de romans n’y est pas tant le but, la finalité dérisoire vers laquelle chaque signe tendrait1, qu’un monde parallèle qui accompagne le personnage discret et rêvasseur – une sorte de réalité augmentée qui colore chaque étape de la vie de Tolkien d’évocation, de fantastique, d’un parfum particulier.

Évitant les circonvolutions pénibles propres à la plupart des biopics, le film ne tient ainsi pas tant à retranscrire les faits et leur chronologie (d’ailleurs souvent trahis), qu’à recréer des ambiance et des univers, à commencer par celui du groupe d’amis (quatuor adolescent enfoncé dans un salon de thé Harry Potterien, qui se présente lui aussi d’emblée comme une “réalité augmentée”, un âge d’or vu depuis la nostalgie des hommes adultes revenus du front : un cocon plein de chaleur, de couleurs, de complicités, et d’évocations). La guerre elle-même se retrouve approchée par le biais du merveilleux : quand bien même le film reste sage, ces visions rêveuses d’un conflit dégueulant de corps, d’un enfer de boue engourdi de brumes hallucinatoires, va chercher quelque chose de plus singulier que le pathétique ou le saisissement d’horreur.

Alors certes, l’ambition est absente de tout cela, le produit est sans aspérités et consommable, l’écriture des scènes toujours basique, et l’ensemble est à mille lieues de se confronter à l’œuvre de Tolkien en soi, ne serait-ce que dans son rapport amoureux au langage (souvent discouru par le film, jamais éprouvé par le spectateur) – le résultat de son travail d’écrivain est résumé à des figures et à de l’imagerie. D’une certaine façon, le film a la sagesse d’assumer sa relative superficialité en ce qu’il n’a aucune prétention à dissiper le mystère Tolkien, prudemment laissé tel quel – l’intégralité du récit s’aligne d’ailleurs sur cette pudeur, comme en témoigne la très jolie (car allusive, laissée secrète) histoire d’amour inavouée que lui porte l’un de ses amis.

Il reste que ce caractère bienveillant et ouvert au fantastique fait du film, en toute modestie, l’une des productions hollywoodiennes les plus digestes de ces dernières années – dans un contexte où Detective Pikachu apparait comme le sommet de l’offre de blockbusters estivale, on ramasse les miettes où l’on peut. On aimerait même y voir, avec un peu d’espoir, les premiers pas timides et tâtonnants d’un cinéaste qui, encore soumis à la discipline et aux académismes de ce genre de production, pourrait dans le futur explorer la note particulière qui est la sienne, lui donner toute sa dimension. Mais Dome Karukoski, venu de Finlande, n’en est pas à son premier long-métrage, et l’accueil tiède réservé jusqu’ici à ses films suggère qu’il faut voir là le maximum de ses honnêtes capacités d’imagier – plutôt qu’un jeune cinéma en puissance dont l’identité ne demanderait qu’à fleurir.

 
 

Notes

1 • (spoiler) C’est une plutôt bonne idée, ainsi, qu’a le film de se clore sur la prononciation du mot “Hobbit”, semblant alors articuler quelque chose qui existait déjà de manière sensible – comme une petite fleur poussant sur un gigantesque compost de fêlures, d’amours, et de sensations, qui font déjà univers en soi.
 

Raincoat Rituparno Ghosh / 2004

Mannu est sans emploi : il se rend à Calcutta pour emprunter de l’argent à d’anciens amis, afin de monter une affaire et remonter la pente. Entre deux visites, il se rend à la demeure de son ancienne fiancée, qui lui préféra un homme riche, et qu’il n’a pas vue depuis des années…

 

Je ne connaissais rien de Rituparno Ghosh – sinon Chokher Bali (2003), film vu il y a bien longtemps, dont j’ai tout oublié, et qui ne m’avait guère marqué.

Ghosh a une réputation d’auteur au sein du paysage indien fortement marqué par Bollywood : il serait l’héritier des cinéastes bengali indépendants (Satyajit Ray en tête), et tracerait une voie alternative au sein de l’industrie (dont il emploie les acteurs et actrices les plus célèbres – ici Aishwarya Rai). Et devant les premières scènes de ce film, on se dit que cette réputation tient de la fraude : on ne voit là qu’une espèce de compromis doublement perdant, où les conventions d’un certain cinéma d’auteur européen (dialogues filmés platement, situations démonstratives, pas de chansons ni de danses…) viennent rencontrer tout ce que le cinéma indien commercial a de plus superficiel (parure kitsch et reverb à fond, effets grandiloquents, psychologie simpliste).

Pourtant, assez rapidement, Raincoat séduit. Tout d’abord par sa narration assez singulière, en courts chapitres interrompus, comme un conteur reprendrait régulièrement sa respiration. Mais surtout parce que Ghosh fait le choix, très rapidement, de s’installer dans la maison de l’ancienne promise. Non seulement cela neutralise la dispersion du film (qui devient alors un drame “en chambre” si radical, y compris dans l’abstraction de ses petits rebondissements ou dans sa rhétorique, qu’on le pense adapté d’une pièce de théâtre – ce qui n’est pas le cas), mais ce décor obscur, bleu humide, débordant d’antiquités, crée aussi un cadre passionnant aux échanges. Qu’il exprime la solitude terrible d’une femme au foyer aisée et broyée d’ennui, ou d’autres choses plus glauques une fois le retournement du scénario advenu, il libère à chaque étape les capacités de la mise en scène, qui a enfin quelque chose à filmer.

On devine que le meilleur du film vient de la nouvelle littéraire dont il est adapté, mais Gosh sait en embrasser le potentiel, et en donner sa version personnelle – celle d’une rencontre qui sort du noir et de la dépression avant d’y replonger, comme pour une trêve factice et pourtant chaleureuse au sein du jeu social, le temps qu’une bougie se consume.

[extrait]

Le Convoyeur Nicolas Boukhrief / 2003

Petite société de transport de fonds, la compagnie Vigilante est en pleine crise, victime de trois violents braquages dans l’année, qui n’ont laissé aucun survivant. C’est dans ce contexte difficile qu’un homme, Alexandre Demarre, se présente un matin au centre-fort de Vigilante pour entamer sa première journée de travail…

 

Ce qui frappe en premier lieu en voyant Le Convoyeur aujourd’hui, c’est son défilé de (futurs) acteurs connus : Dupontel, Berléand, Dujardin, Boisselier, Atika, Laudenbach, Perron… Pourtant, à part le jeu crispé d’un Dupontel bien décidé à surligner les névroses de son héros, ce casting est peu l’occasion de tirer la couverture à soi, ou d’aligner les performances. La mise en scène de Boukhrief ne fait tout simplement pas de ces comédiens le centre de son attention – elle opère comme à distance.

Et c’est un peu la qualité comme le souci du film. S’il n’est pas compliqué de remarquer en quoi il se démarque du tout venant français, on peine également longtemps à comprendre ce qui le motive, sinon des conventions : le style un peu sec, crispé, replié sur son défilé de freaks, n’a pas grand chose d’autre à produire que de la nervosité sans goût et du gravitas artificiel (qu’est-ce que ce dernier plan a à dire, par exemple ?), une tension monocorde et pas très fine, le tout justifié par une tragédie vide (trauma expédié et sans signification, qui ne sert que de péripétie scénaristique justifiant l’arrivée d’un personnage problématique dans le milieu des convoyeurs). On retrouve là une tare commune à nombre de tentatives du cinéma de genre en France – qui n’eurent pas tant quelque chose à dire, ou une vision à transmettre, que simplement l’ambition ratatinée de faire du cinéma de genre (avec le style très volontariste qui va avec : peu instinctif, peu intuitif, sans mystère, un regard sur le monde résumable à un filtre bleu).

Quelque chose sauve le film, néanmoins, au-delà de ses quelques originalités (son final aux limites de l’abstraction, le récit en quasi huis-clos, le contre-emploi de Dujardin…). C’est la façon dont la tension du film ne tient pas tant à la configuration des scènes d’action (des blindés que tout le monde voudraient attaquer) qu’à une tension sociale. Boukhrief fait le portait d’une galerie de résidus d’autres métiers (para-vigiles, para-policiers…), tous brisés et pathologiques à leur façon, compensant dans diverses drogues ou maniaqueries, et dont la vie hors du travail est inexistante… Sans le surligner, puisqu’il a l’excuse du genre (ce qui est censé l’intéresser, c’est le camion), le film fait ainsi un tableau viscéral de la douleur du corps social – c’est la raison même pour laquelle les acteurs ne se volent pas la vedette : ils sont approchés comme les multiples visages, interchangeable, d’une frange oubliée de la société (dont le décor de banlieue vide et sinistre, sans vie, n’est pas sans rappeler les visions phobiques d’un Blier).

C’est encore la meilleure dimension du Convoyeur : donner à sentir le quotidien d’un job de merde. Cette façon dont le transport de fonds broie d’angoisse les chauffeurs devient alors, à travers la caméra de Boukhrief, une sorte de parabole très pure, belle parce qu’évidente, de la façon dont une société de l’argent broie ses anonymes petits travailleurs.