The Docks of New York Josef von Sternberg / 1928

Une prostituée tente de se suicider en se jetant à l’eau, mais est sauvée par un soutier, qui doit repartir en mer le lendemain…

Légers spoilers.
 

Pendant un long moment, je me suis surpris à ne pas accrocher du tout à ce Docks of New York, qui a pourtant tout pour lui : la maestria visuelle de Sternberg, qui trouve dans ce proche passé prolétaire un nouvel exotisme (monde crasse, fumées infernales, brumes dépressives et eaux troubles), ou encore cette science narrative du muet arrivée à son apogée (gestion de l’espace dans ce bar surpeuplé et compliqué, efficacité des gags visuels, beaux travellings noyant progressivement les personnages dans la foule). Mais c’est un peu le problème du film de n’être intéressé que par ça : Sternberg semble surtout pressé d’installer une atmosphère et un mood maudit un peu vide, fait de poses et de conventions, plus que de le déduire d’une réelle fibre tragique. Privé du magnétisme de la future Dietrich (qui ordonnait les films autour d’une même fascination), Sternberg compose avec des acteurs certes corrects (voire très bons, comme Olga Baclanova dans un beau second rôle) mais qui n’ont pas grand-chose pour nourrir leurs personnages réduits à des types (lui déclinaison tarte à la crème d’un virilisme satisfait, elle désillusionnée typique), et qui se montrent peu aptes à intéresser notre émotion : devant ce qui ressemble au pire rencard du monde, on a du mal à s’impliquer. Et puis soudain il y a une scène – la scène géniale, saisissante, de ce mariage improvisé au milieu du chaos de ce bar qui déborde de corps en effusion. Il se joue alors tellement de choses à la seconde (les espoirs déçus qui n’osent y croire, le face-à-face entre le pasteur et le milieu interlope, la vengeance de la tenancière sur sa propre vie, l’espace qui sans cesse se reconfigure…) que le film en gagne une densité sidérante – on tient là, tout simplement, l’une des meilleures scènes de la filmographie de Sternberg. La dernière partie à base d’allers-retours et revirements se fait moins passionnante, mais le film à ce stade a déjà gagné la partie et son spectateur.

 

Les Damnés de l’océan en VO.

The Card Counter Paul Schrader / 2021

Mutique et solitaire, William Tell, ancien militaire devenu joueur de poker, sillonne les casinos, fuyant un passé qui le hante…

 

Ce film de poker sur fond de traumatisme Irakien fut une très belle surprise de fin d’année (du moins pour moi qui n’avait pas vu First Reformed, dont il est semble-t-il le jumeau). Ce film très convaincant marque surtout par sa manière : celle d’un cinéaste des années 70, qui en ramène sur nos écrans le goût particulier (frontalité politique qui ne se contente pas de petites allusions, geste sobre et patient, ambiance défaite et sépulcrale, confiance en la concentration du spectateur), tout en bénéficiant de l’apaisement qui est à présent le sien, celui d’un cinéaste âgé à la maîtrise souveraine. Cette approche, en se confrontant aux spécificités du cinéma des années 2010 (ses jeunes nouveaux acteurs, son numérique clinique, ses musiques électro, son monde clinquant), crée un mélange assez revigorant, qui évoque les percées récentes de Friedkin au cinéma. Le film dialogue également étonnamment bien avec l’époque par la manière dont il semble, sans le vouloir, inventer une origin story à tous ces personnes de spécialistes et de génies autistes, humainement éteints, qui ont peuplé le cinéma et les séries des deux dernières décennies.

 

Détective Pikachu Rob Letterman / 2019

Dans un monde où humains et Pokémon coexistent, un détective fait équipe avec le fils de son partenaire introuvable pour élucider le mystère de sa disparition…

Légers spoilers.
 

Détective Pikachu, fidèle à son étonnante réputation, s’avère être un film incroyablement soigné pour l’horizon pourtant très limité qui est le sien (celui du film pour enfants, avec méchants aux motivations de cartoon et péripéties simplifiées). La qualité du jeu d’acteur premier degré, le soin proprement amoureux mis dans la création animée de ce pikachu parlant, la qualité d’une mise en scène (pour une fois) lisible dans le maelstrom du Hollywood contemporain, l’enrobage pellicule inattendu et quelques beaux jeux de lumière… On en vient à se demander pourquoi les blockbusters plus généralistes, et a priori plus ambitieux, ne pourraient bénéficier d’un tel cœur à l’ouvrage. On peut pour le reste regretter le twist final, qui se doit de justifier et de rétrocéder sur le choix (plutôt bon) d’avoir compensé la niaiserie du personnage kro-mignon par une personnalité adulte et caféinée.

 

Pokémon : Détective Pikachu pour le titre VF complet.

Minor Premise Eric Schultz / 2020

Un jeune neuroscientifique solitaire et en mal de reconnaissance tente de surpasser l’héritage de son père, chercheur reconnu, en approfondissant ses travaux sur le cerveau…

 

Cette histoire d’un scientifique égotique qui éclate son identité en plusieurs personnalités, qui vont s’alterner par tranches de dix minutes, est un DTV qui a comme toujours les défauts associés au format (mise en scène anodine et sans impact profond, kitsch intermittent), mais qui a néanmoins pour lui un postulat ludique raisonnablement bien exploité (passés les facilités qui s’enchaînent en fanfare), et repose sur un duo d’acteur correct.

 

Seuls les anges ont des ailes Howard Hawks / 1939

En escale à Barranca, petit port bananier d’Amérique du Sud, Bonnie Lee rencontre les pilotes qui assurent le transport du courrier au-dessus de la cordillère des Andes…

Quelques spoilers.
 

Film à la hauteur de sa réputation, Seuls les anges ont des ailes impressionne d’abord par sa grande qualité d’écriture, complexe écheveau où tout s’annonce et se répond, et où aucun personnage, péripétie, ou même objet n’est inutile – comme en atteste la maligne astuce de son final. On y retrouve l’éternelle énergie des films de Hawks, ainsi que cette pente étonnamment suicidaire (également sensible dans His Girl Friday) de personnages absorbés par leur métier comme par une addiction.

Je suis néanmoins un peu surpris d’être gêné, pour une fois, par la place des femmes dans ce cinéma : il y a certes là des schémas Hawksiens bien connus (femme bouleversant un temps la camaraderie virile, qui doit passer certains tests pour être acceptée dans leur communauté…), mais j’avais l’impression que ces motifs étaient jusqu’ici toujours transcendés par la dignité et la force de ces héroïnes, qui jouaient à ping-pong égal avec leur partenaire. Jean Arthur ici, après un prologue pourtant parti pour en faire un personnage principal, perd rapidement cette fierté et cette dignité, n’étant bientôt plus que révérence et humiliation. Plus méprisant encore pour elle, elle passe brusquement de possible héroïne à simple personnage secondaire amusant, un comic-relief entre deux scènes graves. Rita Hayworth, qui ne se débrouille pas mal dans un rôle pourtant pas facile, devra elle aussi en passer par l’étape d’une révérence lacrymale au héros (qu’elle aurait dû écouter dès le début), ainsi que par une dégradation (l’ivresse et son dégrisement brutal). Le personnage de Cary Grant en devient presque déplaisant ou suspect, comme s’il avait besoin de ces marques de vénération, de ces béquilles, pour mériter notre respect.

Un deuxième aspect plus étrange du film, ce sont les scènes de vol. Bien que remarquables (surtout la dernière, crépusculaire, entre nuit et flammes), elles m’ont fait hésiter tout du long entre maquettes et prises de vue réelles : difficile alors de vraiment s’y oublier, ne sachant jamais si la fragilité apparente de ces engins relevait d’un témoignage documentaire saisissant (appareils primitifs menaçant de rompre au moindre coup de vent) ou d’une maladresse de figuration.

Passés ces problèmes, le film a tout de même pour lui d’aller explorer le cinéma de Hawks jusque dans ses dernières profondeurs, tant la camaraderie intense qu’il aime à déployer (énergie de groupe se serrant les coudes, festivités fébriles, amitiés de longue date) semble ici n’être que l’autre visage, le miroir indissociable, d’une macabre et métaphysique solitude (du blessé qui préfère mourir seul au collègue qui vit aux sommets avec son contact radio pour seul simulacre humain, jusqu’à la façon dont les morts sont immédiatement effacés des souvenirs communs, le film flirte souvent avec l’abysse). Coincé dans ce lieu au bout du monde, parfois isolé par la nuit ou un brouillard quelque peu mythologique, ce film d’aventure porte des habits étrangement existentiels.

Only Angels Have Wings en VO.

West Side Story Robert Wise / 1961  •  Steven Spielberg / 2021

Années 50. Dans le West Side, bas quartier de New York, deux bandes de jeunes s’affrontent, les Sharks de Bernardo et les Jets de Riff. Un ex-membre des Jets, Tony, s’éprend de Maria, la sœur de Bernardo…

Un tunnel de travail m’ayant tenu écarté de ce blog durant deux mois, je reviens aujourd’hui, tardivement, sur différentes visions et sorties en salles de l’année passée. À commencer par ce duo de films – celui de Wise, d’abord, initialement rattrapé en vue de la sortie du film de Spielberg, et qui s’est révélé à la hauteur de sa réputation ; et le remake, ensuite, qui m’a laissé plus dubitatif malgré son indéniable intérêt.

 
 

West Side Story

Robert Wise & Jerome Robbins / 1961

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J’avais une certaine réticence, pour tout dire, devant cette adaptation d’une comédie musicale issue des planches, dont je m’imaginais qu’elle serait un dérivé docile de l’esthétique Broadway – d’ailleurs ici sensible partout, dans les musiques rythmées très typiques, dans les jeux de lumière théâtraux et outrés, ou dans le bougé-dansé (et parlé-chanté) continuel.

West Side Story pourtant exulte de cinéma, son ample cinémascope danse avec la comédie musicale qui s’ébroue dans ses cadres, pour un résultat si organique qu’on pourrait croire qu’il fut dès l’origine l’enfant de cette conception conjointe – et ce dès l’ouverture qui n’est déjà que conquête de l’espace urbain, énergie et violence qui semblent vouloir déborder les grilles du terrain de jeu autant que les limites de l’écran. Jamais démissionnaire (jamais passivement spectateur), le cadre rectangulaire laisse la danse respirer, ample, tout en lui inventant constamment de nouveaux théâtres et scènes propres à en désigner les enjeux. Car le film prend un plaisir évident à naviguer entre ses deux natures : son essence théâtrale d’une part, qui réapparaît quand le cadre allongé reconstruit très visiblement une “scène” (faisant alors comme une percée conceptuelle, un soudain recul de conteur sur la situation), et de l’autre un accompagnement plus enthousiaste des élans du corps, ou une lente attention au visage des acteurs, dans des accès de mélo candide.

Ce genre d’allers-retours, ce flirt continuel qui électrise le film, se joue à tous les niveaux : dans une hésitation entre le réalisme du cinéma (décors moins tocs qu’au théâtre, pas toujours de studio) et l’abstraction des gestes ou des placements ; dans cette façon dont la danse navigue entre mouvements réels (marche en bande, occupation de la rue) et cristallisations soudaines du groupe en formations chorégraphiques, qui semblent à la fois exprimer leurs stratégies (deux bandes solidaires face à la police, par exemple), et en même temps canaliser toute leur haine contenue. La chanson du parking, où l’on apprend à contenir et refouler sa haine dans la danse, tout comme plus tard la tentative de viol “dansée” terrifiante, amène ces frôlements à incandescence : ça bouillonne, ça réprime, quelque chose semble toujours sur le point de déborder.

Le côté très conceptuel du film de Wise l’empêche parfois d’atteindre le spectateur émotionnellement (le final, sur ce plan, s’essayant à en passer uniquement par les personnages, semble un peu faible pour répondre à la question visuelle qu’avait posée l’introduction). Les acteurs doivent parfois tenir et structurer, par leur seul jeu, des scènes d’échanges relativement vides, faire exister des archétypes (le passage au balcon, les échanges entre Anita et Maria). Mais l’entre-deux continuellement tenu du film emporte le morceau : West Side Story parvient, un peu à la manière de son récit, à lier en une étrange évidence deux mondes artistiques – à créer un enfant hybride et sûr de sa puissance, de sa maîtrise.

 
 

West Side Story

Steven Spielberg / 2021

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Légers spoilers. Peut-être parce que j’ai vu l’original juste avant, l’impression que m’a laissée le West Side Story de Spielberg est moins celle d’une vision intensément personnelle qui aurait poussé le réalisateur à faire une relecture du projet original, qu’un geste artistique fondé sur la variation et le contrepied. Pour ne pas bégayer les scènes du film d’origine, Spielberg semble à chaque moment chercher une nouvelle configuration qui évitera au spectateur de se disperser en jouant aux 7 erreurs. Il aboutit ainsi à un film plus reclus et plus chargé, parsemé de grilles et de barreaux (une vraie prison) et gorgé d’une foisonnante direction artistique – contre un film original tout en grands espaces épurés, qui tendaient régulièrement à ramener le film à son essence scénique et abstraite.

Ayant davantage de comptes à rendre au naturel ou à la réalité (notamment par des dialogues parlés retravaillés, mais aussi par un film globalement moins dansé hors de ses segments dédiés), le remake de Spielberg en déduit un tableau social plus frontal, plus déprimé et plus brutal (le quartier éventré comme après une guerre, les sales boulots des immigrés, le racisme épidermique). Les appels du pied un peu scolaires à l’époque contemporaine (l’obligatoire solidarité féminine devant la tentative de viol, l’explicitation transgenre du personnage d’Anybodys) cohabitent avec la bizarrerie d’héritages laissés intacts, venant soudain dialoguer avec le film contemporain : la chanson « Officer Krupke », jeu de sabotage des raisons sociologiques que tout bon film de 2022 devrait s’employer à déployer face à un tel sujet, apparaît ainsi bizarrement nihiliste et insolente, voire perturbante, dans le nouveau cadre qui est le sien.

Spielberg gagne cela dit en réalisme ce qu’il perd en majesté ou en atours de grand opéra, et doit d’autant plus concrètement se confronter à l’histoire d’amour, déjà le point faible du film d’origine. Le côté gentillet de celle-ci, dans la version de 1961, gagnait beaucoup à l’abstraction du film, qui nous demandait moins d’adhérer à la romance par identification que de contempler une imagerie de l’amour, relation iconique à la naïveté toute ronde, dont la pureté était avant tout allégorique. Interprétée ici plus ordinairement, devant gérer des échanges plus triviaux et pragmatiques, et pas aidée par l’inaptitude légendaire de Spielberg face aux sentiments ou au désir, la romance apparaît d’autant plus vide et niaiseuse, pas aidée par Ergort qui livre une prestation à peu près résumée à son encombrante grande taille (c’est peu de dire qu’Ariana DeBose et Mike Faist volent la vedette au duo principal).

Tout cela n’empêche pas les milles idées de cinéma de Spielberg, mais celles-ci sont comme depuis quelques années inondées dans une sur-fluidité coulante du geste qui en noie régulièrement l’impact (avec toujours cette lumière baveuse et dégoulinante de Kaminski), le geste manquant de tranchant et de saillance, uniquement occupé à entretenir un rythme virevoltant sans grande identité ni goût (quoique parfois bluffant dans sa complexité, la scène de bal est épatante). Au-delà de quelques changements pas inintéressants (notamment le déplacement de certaines chansons, qui en reconfigure le sens), la meilleure idée de Spielberg reste au final à mon goût… le générique de fin, graphiquement superbe, intuitif et sobrement émouvant, qui laisse un nouveau soleil se lever sur le quartier des douleurs.

 

Dune Denis Villeneuve / 2021

Le Duc Leto Atréides reçoit de l’Empereur le fief de la dangereuse planète désertique Arrakis, connue sous le nom de “Dune”. Seule source de “l’Épice”, la substance la plus précieuse de l’univers, la planète attire toutes les convoitises…

Légers spoilers.
 

On peut comprendre en quoi Villeneuve rassure les fans de Dune, et on peut lui reconnaître ça : il fait le job. Il évite le ridicule, il parvient à incarner le récit de manière à peu près claire, lui donne son tribut de classe et d’élégance, y rajoute une couche de gravitas sentencieux qui « fait adulte » et flatte le geek.

Pour le reste, Villeneuve n’a pas grand-chose d’autre à offrir que le pack désormais connu du blockbuster frigide, dont Nolan et lui-même sont les émissaires assurés : passion des univers minéraux et stériles, goût pour l’immensité minimaliste, esthétique militaro-totalitaire mâtinée d’un mysticisme ancien censé lui donner une âme, insensibilité glaciale de la forme comme substitut de personnalité, images monochromes et nuits numériques ternes (voire illisibles), sons et musiques sévères qui rugissent et boostent les basses à en filer la migraine pour contrebalancer la neurasthénie et l’impuissance narrative de la mise en scène (qui nage dans diverses conventions, comme ces effets clipesques présageant le futur, qu’on croirait sortis d’une pub pour parfum). Cerise sur le gâteau glacé, une obsession intermittente pour les corps émerge ça-et-là comme un retour du refoulé (Oscar Isaac en offrande nue à son ennemi, l’obésité humide et décrépie de l’empereur, les suppliciés dont on recueille le sang par centaines…), sorte d’érotisme gore aux contours archaïques complétant logiquement l’hygiénisme puritain qui préside à la pureté de la forme.

Toutes ces manières ne sont pas une surprise : c’est un pack, une mode, une mouvance esthétique si l’on veut être gentils, que le futur analysera comme l’académisme de l’époque. Et si le récit, ce qui travaille vraiment le récit, sait bon an mal an s’incarner en images monumentales (le film égrène son lot de plans iconiques, il n’est pas question de lui disputer ce talent-là), tous les efforts du cinéaste semblent y être occupés, comme devant à tout prix tenir l’odeur du mythe, ne jamais en interrompre la note – s’il ne hurle pas à chaque seconde la chanson de sa propre grandeur, le film s’écroule sous le poids du vide. Accaparé par ces priorités, Villeneuve peine à déduire de ce grand imagier une matière narrative, se contentant souvent de lapalissades (y compris les plus rances : il faut voir la jeune fille impressionnée et soudain adoucie quand le jeune freluquet a tué au combat), tout en touillant un minimum d’allusions qui font smart (peuple blanc venant prendre les ressources de populations désertiques à la peau colorée, grand méchant se régénérant dans un bain de pétrole…) pour donner une illusion de profondeur en se dédouanant de tout réel point de vue politique. C’est un procès certes assez injuste à faire à Villeneuve, en ce que ce fond géopolitique simplifié témoigne aussi d’un souci louable de rendre l’adaptation et les enjeux clairs ; le film y perd, cependant, en se privant par là-même de toute chance d’avoir de l’intérêt sur ce plan (pas assez complexe pour être stratégique ou politique, pas assez empathique pour miser sur les personnages, ne lui reste que l’image).

Film impeccable en même temps qu’un peu vain (n’ayant pas d’autres réels buts, au fond, que de relever les défis de l’adaptation avec les honneurs), Dune n’a droit à notre tolérance que parce qu’il est autre chose que le modèle Marvel. Entre le kitsch dégueulant des superhéros et la neurasthénie frigide de ce qui lui reste d’auteurs, le blockbuster du nouveau siècle ne semble plus avoir autre chose à proposer qu’un choix binaire entre deux anonymats.
 

Notules # 26

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Loi de Téhéran Saeed Roustayi Iran 2019
Old Joy Kelly Reichardt USA 2006
Ouvre les yeux Alejandro Amenábar Espagne 1997
Le Prince Sebastián Muñoz Chili 2019
Serre-moi fort Mathieu Amalric France 2021
La Pièce rapportée Antonin Peretjatko France 2020
Les Amours d’Anaïs Charline Bourgeois-Tacquet France 2020
Présidents Anne Fontaine France 2021
Le Tour du monde en 80 jours Samuel Tourneux France 2020
The Breakfast Club John Hughes USA 1985
Le Jour du dauphin Mike Nichols USA 1973
The Black Marble (Flics-Frac !) Harold Becker USA 1980
Frances Graeme Clifford USA 1982
La Proie (Midnight In The Switchgrass) Randall Emmett USA 2021
Host Rob Savage Royaume-Uni 2021
Marionnette Elbert Van Strien Pays-Bas / Luxembourg / Royaume-Uni 2020
Masquerade Shane Dax Taylor USA 2021
Diamante Daniele Falleri Italie 2021