Notules # 10

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Abbatoir 5 George Roy Hill USA 1972
La Porte du diable Antohny Mann USA 1950
Conan le barbare John Milius USA 1982
Histoire d’une femme Eugenio Perego Italie 1920
Deux étoiles dans la voie lactée Shi Dongshan Chine 1931
L’Histoire officielle Luis Puenzo Argentine 1985
D’une pierre deux coups Fejria Deliba France 2016
Frantz François Ozon France 2016
Clash Mohamed Diab Égypte 2016
Aquarius Kleber Mendonça Filho Brésil 2016
Instinct de survie Jaume Collet-Serra USA 2016
Miss Peregrine et les enfants particuliers Tim Burton USA 2016
Where to Invade Next Michael Moore USA 2016
L’Âge de glace 4 : La Dérive des continents Steve Martino et Mike Thurmeier (Blue Sky) USA 2012
Bastille Day James Watkins USA 2016
Mother’s day Gary Marshall USA 2016
L’Histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar

L’Histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar Shōhei Imamura / 1970

Shohei Imamura filme et interroge une Japonaise, patronne d’un bar, sur sa vie, son histoire, en la mettant en parallèle avec les événements qui ont secoué le Japon depuis la seconde guerre mondiale.

Légers spoilers.

Le cinéma documentaire des années 60 a rêvé d’un captage immédiat du réel, sans détour ni filtre moral, pour enfin aller tâter la chair crue du monde. Par la magie d’une liasse de billets obligeant le sujet à répondre à n’importe quelle question, Histoire du Japon ressemble à la concrétisation brutale de ce fantasme, comme un enfant monstrueux des aspirations du cinéma direct : l’honnêteté de l’échange est désormais affaire d’un contrat littéralement signé (d’autant plus violent qu’on l’introduit par le biais des parents et du salaire, réactivant discrètement l’imagerie d’une famille « vendant » sa fille au cinéaste). Si la parenté du procédé avec certains aspects de la télé-réalité laisse songeur, le film sait désigner la violence de son propre dispositif (faisant du contrat le prélude au portrait cauchemardesque qu’il entend dresser du capitalisme d’après-guerre), et promet le spectacle d’un entretien singulier. Ce ne sera malheureusement pas le cas : l’hôtesse interrogée, symbole acide du miracle économique japonais (c’est pour cela, jusqu’à son exil américain, qu’elle a manifestement été choisie), manie un franc-parler lié à son milieu, à son histoire, à son métier, qui entre bien peu en friction avec la crudité des questions qu’on lui pose.

Ne reste alors que le rapport de cette parole populaire à l’Histoire, vaste programme opéré par un montage forcené, qui s’organise selon plusieurs modalités : confronter la voix officielle des actualités au « parler vrai » d’un témoin pragmatique, ne vivre la grande Histoire qu’à travers ses répercussions sur la petite, ou simplement appuyer le décalage béant qui existe entre les deux (depuis le récit des préoccupations intimes de l’héroïne, les grands évènements du siècle résonnent parfois comme un chaos bien lointain). Imamura se complait bien trop dans cette dernière voie : il flirte rapidement avec un voyeurisme déplacé, s’écartant régulièrement de la pureté de son dispositif premier (une Histoire / une parole) pour aller confronter la famille, les enfants, les anciens maris, toutes les personnes impliquées, non sans une déplaisante recherche d’efficacité (aller par exemple chercher des images de la mère, au moment-même où on apprend qu’elle coucha avec le mari de sa fille). Ces moments sont d’autant plus décevants qu’ils sont rarement payants : l’exposé glaçant du projet de divorce, pendant que le mari évolue insoucieux à l’arrière-plan du cadre, est le seul moment brillant qu’on retiendra de ces tentatives douteuses.

Les poubelles de l’histoire familiale dominent ainsi le film, et le rapport entre cette intimité et les images d’archive se fait souvent superficiel, l’un courant en parallèle de l’autre sans toujours créer de rapport bien riche ni rien construire, se contentant de ressasser le cynisme terminal de l’époque. Les quelques raccords signifiants qu’Imamura invente pour recoudre tout cela paraissent bien laborieux… Seule l’hôtesse, par le spectacle de sa force vitale (caractère affirmé, beauté fière), donne corps à cette confrontation, contrechamp aux horreurs du siècle dont elle est le produit ; le dispositif, prometteur, aura lui accouché d’une souris.

Nippon Sengoshi – Madamu onboro no Seikatsu en VO.

up russ meyer

Up ! Russ Meyer / 1976

Dans un paysage montagnard et désert, la plantureuse Margo Winchester, au tour de poitrine impressionnant, est attaquée par un voyou : elle se défend et parvient à tuer son agresseur. Elle est recueillie par le policier Homer Johnson...
 

Chair toujours aussi joyeuse et réjouissante chez Meyer, qui va ici de pair avec une série de délires (nazis, cluedo, dialogues sur-littéraires décalés) parfois presque trop calculés. Ce décalage absurde n’est pas vraiment le dommage collatéral (la part folle, énergique) d’un film qui irait trop loin sans regarder à la dépense : c’est au contraire une originalité travaillée et bien mise au centre, voire un peu fièrement célébrée dans sa bizarrerie surlignée. Sans nier le plaisir pris, on peut y préférer un humour plus débridé, instinctif ou naïf, d’autant que dans ses moments moins inspirés, le film flirte avec l’effet Pécas (gags à bruitages, musique pouet pouet qui souligne le côté bouffon – dis-je sans voir jamais vu de film de Max Pécas…).

C’est néanmoins bouder son bonheur tant le film est rythmé et plein d’idées, rigoureux mais déconneur, faisant preuve d’une sensualité indéniablement efficace (les garçons ne sont pas en reste). Dommage que la dimension érotique du film serve parfois de prétexte à de longs ventre-mous, dans le tiers central notamment, lorsque les scènes de sexe s’enchaînent un peu automatiquement, et que seules les incursions un peu forcées de la narratrice viennent pointer toutes les dix minutes à l’écran, pour que l’ensemble reste autre chose qu’un simple film de fesses.

Une chose interroge, également : cette omniprésence du viol, du sexe forcé, ou consenti en échange de service. Faster Pussycat me semblait dessiner un univers de femmes puissantes, presque déifiées, face auxquelles l’agressivité de la sexualité masculine apparaissait pathétique. Il en reste d’ailleurs quelque chose ici, par le recours systématique à ces sexes en carton-pâte, qui rendent les élans virils grotesques et dérisoires. Mais malgré cela, Meyer ne résout pas vraiment le paradoxe d’une dialectique (celle de tout cinéma érotique de l’époque) qui, tout en chantant la puissance des femmes, crée des films tout entiers consacrés à en user pour satisfaire l’œil d’un public masculin. Ambiguïté d’ailleurs pas dénuée de richesse, mais je crains que s’il s’en tient à ce statu-quo sans en explorer l’étrangeté, son cinéma finisse par lasser.

Mega Vixens en VF. (F)