Notules # 26

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Loi de Téhéran Saeed Roustayi Iran 2019
Old Joy Kelly Reichardt USA 2006
Ouvre les yeux Alejandro Amenábar Espagne 1997
Le Prince Sebastián Muñoz Chili 2019
Serre-moi fort Mathieu Amalric France 2021
La Pièce rapportée Antonin Peretjatko France 2020
Les Amours d’Anaïs Charline Bourgeois-Tacquet France 2020
Présidents Anne Fontaine France 2021
Le Tour du monde en 80 jours Samuel Tourneux France 2020
The Breakfast Club John Hughes USA 1985
Le Jour du dauphin Mike Nichols USA 1973
The Black Marble (Flics-Frac !) Harold Becker USA 1980
Frances Graeme Clifford USA 1982
La Proie (Midnight In The Switchgrass) Randall Emmett USA 2021
Host Rob Savage Royaume-Uni 2021
Marionnette Elbert Van Strien Pays-Bas / Luxembourg / Royaume-Uni 2020
Masquerade Shane Dax Taylor USA 2021
Diamante Daniele Falleri Italie 2021

Notules # 25

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Les Chiens Alain Jessua France 1979
La Vache et le prisonnier Henri Verneuil France 1959
Diaboliquement vôtre Julien Duvivier France 1967
Le Marginal Jacques Deray France 1983
Le Solitaire Jacques Deray France 1987
Le Professionnel Georges Lautner France 1981
L’Alpagueur Philippe Labro France 1976
Monsieur Klein Joseph Losey France 1976
Vacances portugaises Pierre Kast France 1963
Une femme qui s’affiche George Cukor USA 1954
Incident de frontière Anthony Mann USA 1949
Assunta Spina Gustavo Serena Italie 1915
Fièvre Louis Delluc France 1921
Mandibules Quentin Dupieux France 2021
Cinquième Set Quentin Reynaud France 2021
Chacun chez soi Michèle Laroque France 2021
The War Below J.P. Watts Royaume-Uni 2021
Redemption Day Hicham Hajji USA 2021
The Mortuary Collection Ryan Spindell USA 2019
Monsters of Man Neal McDonough Australie 2020

​Spider-Man : Into the Spider-Verse Peter Ramsey, Bob Persichetti, Rodney Rothman / 2018

Miles Morales, un adolescent de Brooklyn, se fait mordre par une araignée radioactive. Dans le même temps, le plus redoutable cerveau criminel de la ville a mis au point un accélérateur de particules capable d’ouvrir un portail sur d’autres univers. Son invention va provoquer l’arrivée de plusieurs autres versions de Spider-Man dans le monde de Miles…

 

Si l’on compare ce film à Scott Spillgrim, sur le plan de la simple capacité à adapter à l’écran les formes d’une bande-dessinée, Into the Spider-Verse remporte le défi haut la main. L’hystérie joyeuse typique du duo Lord & Miller, et quelques choix jusqu’au-boutistes (ces lignes dédoublées) offrent un écrin idéal à ce grand mélange d’univers visuels (puisque plusieurs déclinaisons de Spiderman sont amenées à cohabiter), dans un baroque festif et coloré.

Il n’y a pas que visuellement que le film joue la profusion et le trop-plein : l’humour, les circonvolutions d’un scénario méta, tout est mené avec une sagacité virtuose qui enterre le blockbuster hollywoodien lambda. Mais comme pour La Grande Aventure Lego, cette sur-maîtrise caféinée laisse quelque peu songeur, dans ce qu’elle a à la fois de séduisant et d’un peu vainement débordé. Cela se sent notamment par ce goût névrotique pour la vitesse, tant celle des dialogues et des gags que de la mise en scène à spirales et de son montage frénétique, clairement au fait de leurs prodiges et de leurs capacités – l’ensemble filant à toute vitesse sans réellement faire le choix de s’arrêter sur un plan plus important, sur un moment plus mystérieux, ou sur un personnage (si ce n’est pour clore ça-et-là proprement un arc scénaristique).

C’est tout le paradoxe : de même que le parti-pris visuel du film brille d’autant mieux dans les scènes grises, réalistes et triviales de la première partie (plutôt que dans les combats bariolés de la seconde), la réunion des cinq Spiderman a plus de goût et de valeur dans leurs simples scènes d’échanges dialogués, que dans leurs batailles collectives et spectaculaires.

Et c’est ce qui frustre un peu, ici : cette galerie de protagonistes très différents, liés de force, auraient pu faire le cœur du film (une sorte de buddy-movie au carré), et transcender le concept les ayant amenés à cohabiter. Ce désintérêt du film à leur égard s’explique assez simplement : ce qui passionne d’abord le duo Tim & Miller, et les réalisateurs du film par extension, ce ne sont pas ces personnages eux-mêmes, mais le croisement ingénieux d’univers qu’ils permettent de mettre en scène. Tim et Miller sont d’abord des cinéastes du méta (comme on a pu dire de J.J. Abrams qu’il fut à Hollywood le cinéaste des franchises, par ses nombreuses relances d’univers éteints via des récits métaphorisant ces reboots). Et sur ce point, Into the Spider-Verse est un aboutissement, en ce que le méta s’y retrouve intégré dans la chair même du pitch ou de l’habillage visuel composite, qui dissertent brillamment sur la manie plus générale de Marvel à croiser ses univers.

Mais tout cela pour en dire quoi ? Tout comme le méta de La Grande aventure Lego coinçait à déchaîner tout son lyrisme pour simplement nous vendre une marque de jouets, il y a une certaine gêne à voir ce film chercher à nous émouvoir sur les capacités des studios Marvel à optimiser ses franchises, et à bâtir la prospérité mercantile de son Cinematic Universe. Sous ses multiples arabesques postmodernes qui se moquent gentiment de leur modèle aux grands dialogues inspirés, Tim et Miller en finissent par ressasser eux-mêmes, avec un rire gêné, ces lourdingues messages-mantra (sois libre, accepte le saut de foi, etc.), ceux-là mêmes qui confèrent aux films Marvels lambdas cette platitude olympique. Cinéma baroque, en effet : toutes ces circonvolutions, tout cette dépense d’énergie, pour en arriver au final à un même état d’impuissance.

Spider-Man : New Generation en VF.

Les Enfants de la mer Ayumu Watanabe / 2019

Ruka, jeune lycéenne passionnée de handball, se fait exclure de son équipe le premier jour des vacances. Furieuse, elle décide de rendre visite à son père à l’aquarium où il travaille…

Légers spoilers.
 

Les Enfants de la mer fait d’abord un peu peur, et ce dès l’ouverture : mise en scène nerveuse, montage agité et fragmenté tout en à-côtés fureteurs, orgie d’informations visuelles (plans saturés d’objets dessinés à petit traits, profondeur de champ rendant tout net)… Cette profusion étouffante nous empêche un premier temps de bien rentrer dans le récit, qui restera pour le reste un peu trop ésotérique pour nous atteindre. On reconnaît en fait ici la liberté narrative et visuelle des studios 4°C, dont les autres propositions furent parfois fatigantes. Déjà parce que leur inventivité graphique a une dimension performative (celle d’une fête visuelle, qu’on retrouve encore ici dans le long segment abstrait façon Tree of Life qui sert de climax), plus que réellement efficiente sur le plan dramatique. Et ensuite parce que sous ces originalités, les normes de l’animation japonaise ne sont que mollement remises en cause : on retrouvera ainsi dans ce film le sempiternel été adolescent et ses grands cieux aux nuages immenses ; ou encore ces hauts garçons inquiétants et fielleux aux traits de poissons, qui ne sont que les descendants des méchants fous et efféminés qui ont peuplé tant de séries animées japonaises…

L’arrivée de l’eau, cependant (et c’est peut-être le but), remet une partie de cet ensemble sur rails : dès lors, les envies de baroque du film s’incarneront dans le mouvement, dans l’élan slalomé, dans la fluidité des métamorphoses et des transformations – et non dans une étouffante accumulation. Mieux encore, cette fuite en avant aquatique est d’abord sensorielle, essayant de retoucher en nous une logique “d’avant la narration”, qui cadre plutôt bien avec l’idée de ces gamins amphibies dont l’instinctivité, les sens en éveil, dépassent la rationalité de l’intellect humain – tout autant qu’elles en sont le secret archaïsme, une façon ancienne et plus riche d’appréhender le monde. On a ainsi par exemple souvent l’impression dans l’animation, ou dans le montage, que les mouvements des personnages précèdent leurs décisions et leur pensée (voir par exemple ce moment où la jeune fille se rend compte seulement après-coup qu’elle a plongé à la mer). Le film réussit plutôt bien ce projet de nous parler “autrement”, malgré des béquilles inutiles qui en parasitent l’effet (kitsch des monologues philosophiques, quelques visions new-age).

Une autre chose encore aide le film : c’est la vraie tendresse qu’il a pour le personnage enfantin d’Umi, totalement réussi (bien que là encore, cette figure d’innocence juvénile et solaire soit un cliché de l’animation japonaise). Il injecte au récit une humanité radieuse qui fait qu’on partage constamment le souci et les inquiétudes de l’héroïne à son égard, transcendant un peu l’impression d’être devant un pur objet d’expérimentations visuelles. On reste toutefois loin, sur ce point, de l’émotion et de la réussite éclatante d’Amer Béton – les studios 4°C n’ont toujours pas fait mieux.

Kaijū no Kodomo en VO.

 

• Attention, si vous voyez le film, sachez qu’une partie non négligeable du final a lieu post-générique.
 

Notes sur les films vus #24 #24

Moi, Pierre Rivière… • René Allio (1976)
Finye (Le Vent) • Souleymane Cissé (1982)
Elvira Madigan • Bo Widerberg (1967)
Laura • Otto Preminger (1944)

Manta Ray • Phuttiphong Aroonpheng (2018)
Leçons de Ténèbres • Werner Herzog (1992)
Les Quatre plumes blanches • Zoltan Korda (1939)
A Ghost Story • David Lowery (2017)

Notes sur les films vus #24 #24

Moi, Pierre Rivière… • René Allio (1976)
Finye (Le Vent) • Souleymane Cissé (1982)
Elvira Madigan • Bo Widerberg (1967)
Laura • Otto Preminger (1944)
Manta Ray • Phuttiphong Aroonpheng (2018)
Leçons de Ténèbres • Werner Herzog (1992)
Les Quatre plumes blanches • Zoltan Korda (1939)

A Ghost Story • David Lowery (2017)