Notes sur les films vus # 16

Plaire, aimer et courir vite • Christophe Honoré (2018)
Le Rayon vert • Éric Rohmer (1986)
Morocco • Josef von Sternberg (1930)
Mission : Impossible - Fallout • Christopher McQuarrie (2018)
L’Île au trésor • Guillaume Brac (2018)
Le Policier • Nadav Lapid (2011)
Les Grands ducs • Patrice Leconte (1996)
Paranoïa • Steven Soderbergh (2018)

Notes sur les films vus # 16

Plaire, aimer et courir vite • Christophe Honoré (2018)
Le Rayon vert • Éric Rohmer (1986)
Morocco • Josef von Sternberg (1930)
Mission : Impossible - Fallout • Christopher McQuarrie (2018)

L’Île au trésor • Guillaume Brac (2018)
Le Policier • Nadav Lapid (2011)
Les Grands ducs • Patrice Leconte (1996)
Paranoïa • Steven Soderbergh (2018)

Notes sur les films vus # 16

Plaire, aimer et courir vite • Christophe Honoré (2018)
Le Rayon vert • Éric Rohmer (1986)
Morocco • Josef von Sternberg (1930)
Mission : Impossible - Fallout • Christopher McQuarrie (2018)
L’Île au trésor • Guillaume Brac (2018)
Le Policier • Nadav Lapid (2011)

Les Grands ducs • Patrice Leconte (1996)
Paranoïa • Steven Soderbergh (2018)

Notules # 16

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Fête et les invités Jan Němec Tchécoslovaquie 1966
Voyage au bout de l’enfer Michael Cimino USA 1978
Brainstorm Douglas Trumbull USA 1989
Les Charlots en délire Alain Basnier France 1979
Heaven is still far away Ryūsuke Hamaguchi Japon 2016
Dogman Matteo Garrone Italie 2018
Under the Silver Lake David Robert Mitchell USA 2018
L’Empire de la perfection Julien Faraut France 2018
Deadpool 2 David Leitch USA 2018
Patser / Gangsta Adil El Arbi et Bilall Fallah Belgique 2018
Demi-soeurs Saphia Azzeddine et François-Régis Jeanne France 2018
Le Cercle littéraire de Guernesey Mike Newell Royaume-Uni 2018

Le Diable probablement Robert Bresson / 1977

Un garçon d’une vingtaine d’années est découvert, mort, dans une allée du cimetière du Père-Lachaise. Il a deux balles dans la tête.

Légers spoilers.

Le cinéma de Bresson, qui était vif, précis, et ciselé comme un scalpel dans son âge d’or, subit avec l’arrivée des années 60-70 (et de la couleur ?) une sorte d’amollissement difficile à interpréter. La pureté de la forme apparaît soudain plus éteinte. L’époque se donne davantage à voir à travers les films, même si jamais ceux-ci n’y capitulent : plus elle s’y affiche, plus elle y dégoûte.

Le Diable probablement parvient un moment à retrouver le tranchant du Bresson ancien (bien plus que L’Argent, film pourtant autrement plus ample), mais c’est au prix d’un jusqu’au-boutisme terminal – un peu comme un drogué retrouverait, par un shoot magistral le menant à l’overdose, les sensations qu’il avait jadis ressenti à sa première dose.

Cet excès, c’est celui d’une condamnation définitive des temps présents, qui se refuse désormais à sauver quoique ce soit – aucune grâce, aucun espoir1. Ce rejet du monde donne au film ses habits de nuit, de l’ouverture au bateau mouche (tel un monstre des enfers glissant tranquillement dans le noir) au final qui consacre le vide (pas de carton de fin, pas de bruit, même pas de grands mots puisqu’on coupe le sifflet au personnage : juste du noir et du silence, et une absence définitive de sens). C’est assez logiquement que le Paris filmé se partage entre ses églises vides, et ses quais nocturnes aux quelques hommes réunis, comme autant de survivants post-apocalyptiques autour d’un feu.

Cette vision d’un monde aveugle à sa propre perte, qu’accompagnent un montage et une narration en désordre, comme pour peindre un kaléidoscope de la fin des temps, n’est pas sans évoquer le futur Post Tenebras Lux de Reygadas (qui lui emprunte d’ailleurs sa séquence d’arbres déracinés), ou encore le Godard dépité des décennies à suivre (le passage à l’église avec l’orgue, où les mots et sons fusent aléatoirement, semble tout droit sorti d’un de ses films). À ce stade, la radicalité de Bresson séduit.

Mais progressivement le film se fait moins chaotique, et au fur et à mesure qu’il se recentre autour des personnages et du récit qu’ils dessinent, apparaît autre chose (qu’on ne remarque pas tout de suite, parce que ce n’est pas ce qui intéresse Bresson) : c’est l’identité de ces corps apathiques, tous droits sortis des films de la Nouvelle vague, puis du cinéma moderne qui en fut le prolongement. C’est-à-dire des enfants de bourgeois, excessivement lettrés, qui méprisent leurs parents mais qui sont bien contents d’utiliser leurs apparts et leurs moyens. Qui dégueulent un monde dont ils font pleinement partie. Et qui se retrouvent eux aussi, contre la volonté du cinéaste peut-être, à pleinement participer au tableau d’horreur qu’il fait de l’époque.

Je ne sais pas quoi en comprendre ou en déduire, sinon qu’il faut peut-être ici voir une raison à la déliquescence de la manière de Bresson : j’arrivais à m’émouvoir des états d’âmes du petit prêtre, de l’illuminée, ou du voleur ; la marche vers le cimetière du jeune bourge intello, ici, est interminable.

 
 

Notes

1 • Cela s’incarne bien sûr par ce jeune personnage qui refuse jusqu’à la lutte, qu’il juge elle aussi compromise ; mais l’anathème de Bresson s’explicite plus clairement par ces scènes étranges de visionnage de rushes en appartement, où l’on commente des images de nature dévastée. Ces passages sont particulièrement déstabilisants : ils sont à la fois ridicules, avec leur voix qui égrène la litanie de catastrophes sur un ton sentencieux (on dirait une vidéo youtube, avec ce côté grossièrement velléitaire, et cette recherche de l’effet choc à coups de bébés phoques), et en même temps ils sont glaçants de par leur caractère prophétique (tout ce qu’on y décrit s’est réalisé – y compris la forme permettant de dénoncer ces problèmes, et qui est devenue une norme).

Notes sur les films vus # 15

Maurice • James Ivory (1987)
Mektoub, my love : canto uno • Abdellatif Kechiche (2018)
L’Île aux chiens • Wes Anderson (2018)
Docteur Jerry et Mister Love • Jerry Lewis (1963)
Les Garçons sauvages • Bertrand Mandico (2018)
Ready Player One • Steven Spielberg (2018)
The Greatest Showman • Michael Gracey (2018)

Notes sur les films vus # 15

Maurice • James Ivory (1987)
Mektoub, my love : canto uno • Abdellatif Kechiche (2018)
L’Île aux chiens • Wes Anderson (2018)
Docteur Jerry et Mister Love • Jerry Lewis (1963)

Les Garçons sauvages • Bertrand Mandico (2018)
Ready Player One • Steven Spielberg (2018)
The Greatest Showman • Michael Gracey (2018)

Notules # 15

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Lettre William Wyler USA 1940
L’Obsédé William Wyler USA 1965
Palombella rossa Nanni Moretti Italie 1989
Au feu les pompiers ! Miloš Forman Tchécoslovaquie 1968
Les Trois Âges Buster Keaton USA 1923
Le Spécialiste Sergio Corbucci Italie 1969
D’où viens-tu Johnny Noël Howard France 1963
Brèves amours Camillo Mastrocinque, Giuliano Carnimeo Italie / France 1959
L’Apparition Xavier Giannoli France 2018
Nul homme n’est une île Dominique Marchais France 2018
Le Collier rouge Jean Becker France 2018
Lady Bird Greta Gerwig USA 2018
Les Heures sombres Joe Wright Royaume-Uni 2018
La Malédiction des Winchester Michael et Peter Spierig USA / Australie 2018
Le Labyrinthe – Le remède mortel Wes Ball USA 2018
Le Jour de mon retour (The Mercy) James Marsh Royaume-Uni 2018