Les Bodin’s en Thaïlande Frédéric Forestier / 2021

Christian, 50 ans, fils de Maria Bodin, une vieille fermière, tente d’en finir avec la vie. Un psychologue conseille à Maria de sortir Christian de son quotidien…

 

Les Bodin’s en Thaïlande s’avère être un film moins pénible à regarder que leur spectacle – quand bien même l’humour y est tout à fait nul. Alliant à la fois les académismes les plus tartes (allons sauver une jeune fille des méchants mafieux locaux), et le label rance des “vrais gens du pays comme on les aime” (toute une partie du récit tournera ainsi autour de l’horreur d’avoir failli finir avec une transsexuelle), le film témoigne malgré tout d’une tendresse et d’un souci de ses propres personnages, même si c’est avec tous les gros sabots du monde, et cela suffit à lui donne un goût un brin différent des comédies françaises mainstream – tout atterrant, paresseux et formaté qu’il soit.

 

Le Calendrier Patrick Ridremont / 2020

Eva est paraplégique depuis trois ans. Pour son anniversaire, elle reçoit en cadeau un étrange calendrier de l’Avent…

Quelques spoilers.
 

En voyant l’histoire du Calendrier, soit l’histoire d’un calendrier de l’avent qui tue, on se dit que le cinéma d’horreur en est vraiment à faire les fonds de poubelles pour trouver les dernières possibilités de pitch disponibles en stock. Mais pourquoi pas, le principe reste ludique : allant chercher un archaïsme (la sévère Allemagne chrétienne) moyennement exotique, le film se propose comme un voyage plus fantastique qu’horrifique (jouant le miracle et le bâton tour à tour, déviant finalement pas mal du principe à la Saw qu’il avait initialement esquissé). Néanmoins, l’ensemble gêne un peu en ce que le dilemme de son héroïne assez antipathique ne semble pas tenir au risque de sa propre mort (angoisse qu’on pourrait alors partager), mais à la simple envie de pouvoir à nouveau marcher. On a alors bien du mal à la suivre, notamment devant la décontraction ou même la jouissance qu’elle prend face aux nécessaires mises à mort, attitude que le film semble regarder comme allant de soi plutôt que d’en faire le sujet profond et préoccupant de son récit. Le résultat n’est pas honteux mais assez plat, et pas très convaincant dans ses moments horrifiques, tout comme dans son tableau du quotidien (notamment via tous ses personnages secondaires caricaturaux : le patron, la belle-mère…).

Les Perles de la couronne Sacha Guitry et Christian-Jaque / 1937

Écrivain et historien, Jean Martin raconte à son épouse l’histoire des fameuses perles offertes par le Pape Clément VII à la reine Marie Stuart…

Légers spoilers.
 

Un film délicieux comme un dessert. Plus encore qu’un réservoir aux bons mots de Guitry, cette comédie savante est un ogre d’histoires, course effrénée et d’un appétit débordant pour les récits qui se déduisent en cascade, qui se croisent au rythme d’un montage virevoltant au grand éclat cinématographique (l’influence Christian Jaque ?), et au son d’un trilinguisme qui réécrit une joyeuse histoire de l’Europe. Le film, ultime générosité, repart pour un tour dans une seconde partie inattendue quand on pensait le récit arrivé au bout de ses réserves, comme si les acteurs ne pouvaient se rassasier des multiples personnages qu’ils incarnent. Le film est pourtant fondamentalement assez vain (comme en témoigne sa fin anecdotique), il ne semble pas à avoir grand-chose à dire, mais jamais il n’ennuie ni ne lasse – la narration métamorphe (petits segments, récits plus développés) témoigne elle-même de cette liberté, passant en rimes soudain quand ça lui chante, chantant un certain art de vivre. Le Roman d’un tricheur m’avait beaucoup diverti, et j’en avais tout oublié : espérons que la très belle surprise qu’est cet autre film ne soit pas la même sorte de soufflé, mais il résiste pour l’instant très bien au temps.

 

Valérian et la Cité des mille planètes Luc Besson / 2017

Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur la cité Alpha – une métropole spatiale en constante expansion, où des espèces venues de l’univers tout entier ont convergé au fil des siècles…

Un conflit d’intérêt avec la Cité du cinéma fait que ce texte, écrit en octobre 2017, a longtemps été caché dans les tréfonds de ce blog, façon œuf de Pâques pour les plus curieux… Ce conflit d’intérêt n’étant plus d’actualité, le revoici donc !
18 octobre 2017 à 10h49

 

Le cas de ce film raisonnablement sympathique, mais surtout de sa réception houleuse, sont terriblement symptomatiques de la cinéphilie de l’époque.

Il y a tant de choses qu’on peut détester dans le cinéma de Besson : sa vulgarité au grand angle, son recyclage opportuniste des modes du moment, sa façon de se contenter de clichés (la scène du marché en offre un festival : touriste forcément gros et suant, guide forcément outrancier et efféminé…). Tout est là, mais s’arrêter à ce vernis de surface (dont les productions Europacorp, malheureusement, se contentent bien souvent) a toujours empêché la critique de voir ce qu’était aussi la singularité de Besson cinéaste, la bizarrerie qu’il représente dans l’industrie française – une industrie dont les tentatives mainstream ne font qu’hurler un désir maladif de « faire comme les américains », et une incapacité crasse à y parvenir.

La filmographie de Besson au contraire, jusque dans la puérilité de certains de ses choix, est un cinéma peuplé de réflexes instinctifs, de marottes personnelles (un rapport candide à la SF, une obsession pour l’innocence féminine…), débarrassé de complexes ou de surmoi cinéphile encombrants. Ses films les plus mauvais (sa dernière décennie fut un désastre) relèvent davantage de la facilité, du désinvestissement ou du cynisme, que d’une inaptitude à singer le modèle hollywoodien.

Ces particularités ne garantissent en rien la qualité des films, mais suffisent à recalibrer le goût du blockbuster US, quand bien même Valerian, sur le papier, en reprend tous les canons (déchaînement des moyens au détriment de la suggestion, orgie de SFX, difficulté à se dépatouiller de schémas réacs…). Pour le dire autrement : sous l’apparence d’un film éminemment générique, essentiellement pilleur et compilatoire (de modes, de recettes, d’œuvres ayant cartonné au box-office), Valerian, par certains de ses réflexes, reformule davantage le blockbuster que bien d’autres projets plus soignés et aboutis que lui.

Prenons par exemple la surabondance propre à ce genre de productions : poussée au bout de sa logique, elle devient ici un outil de dépaysement, avec les étrangetés narratives que cela implique (un nouvel environnement et une nouvelle situation toutes les cinq minutes). Le fait d’opter pour un registre merveilleux digne d’un sapin de noël, et de confronter ce merveilleux à deux personnages cyniques, presque « trop » jeunes, à la beauté acide, crée des rapports étranges dont l’intérêt dépasse largement la qualité de leurs échanges dialogués. Les batailles sont étonnamment rares au profit des phases d’exploration, le ton est bien plus enfantin qu’adolescent… Et si le peuple indigène new-age du film est une tarte à la crème, sa transposition en réfugiés, évoluant dans un hangar grisâtre et sordide, est assez surprenante.

Alors forcément, l’indignation d’internet interroge, notamment ce refus suspect de reconnaître au film la moindre de ses quelques trouvailles. On objecte souvent que le scénario est nul : certes, il n’invente pas la poudre, les articulations sont foireuses, les dialogues inaboutis semblent sortir d’une V1. Mais l’ensemble est-il franchement plus tarte que ce que le blockbuster lambda propose, passée la question des finitions ? Qu’attend-t-on exactement : que, comme dans un Marvel, la thématique soit déclinée à coup de punchlines, en mode thèse-antithèse-synthèse ? On a vraiment que ça à foutre ? N’y a-t-il pas quelque chose de plus frais et agréable, dans ce récit où les situations s’enchaînent comme des cubes hétéroclites, inattendus ? Ne peut-on pas s’enthousiasmer de voir un film avoir d’autres priorités que de froncer les sourcils et tout peindre en noir, comme un ado se masturbant sur son auto-proclamée maturité ?

Ce que la critique US ou le public français reprochent au film, ce ne sont pas seulement les tares habituelles du cinéma de Besson (sa grossièreté, par exemple) : c’est aussi ce scandale de ne pas satisfaire les exigences d’un moule érigé en modèle (blockbuster sentencieux, à l’écriture et au ton verrouillés, vaguement ironique et méta, exhibant son travail et ses thématiques comme un premier de la classe), où ce qu’un film a à offrir ne peut plus se juger autrement que selon les normes d’un champ d’action artistique au périmètre bien défini – et dont on se demande bien ce qu’il a de légitime à être devenu le mètre-étalon de l’époque. C’est particulièrement parlant pour le choix de De Hann, qui n’est pas pire acteur qu’un autre, mais qui a simplement le malheur de ne pas être le simili Han Solo attendu par un public de mecs soudain paniqués de ne pas retrouver, à l’image, la virilité de leur petit modèle paternel…

Entendons-nous bien, Valerian n’a rien d’un grand film, et en temps normal rien ne pousserait à faire l’éloge de ce produit inégal, parfois embarrassant, souvent fainéant, où candeur et cynisme se mêlent allègrement. Mais il reste qu’il est par la force des choses, dans un paysage que Marvel et sa horde de cinéastes zombies ont réduit à un champ de ruines, une sorte d’oasis.

 

Lynx Laurent Geslin / 2021

Au cœur du massif jurassien, un lynx boréal cherche une femelle…

Quelques spoilers.
 

Les codes du documentaire animalier mainstream (tels qu’on les connaît en France depuis les films de Jacques Perrin) ont du mal à coller à un sujet aussi peu spectaculaire que les aventures d’un gros chat dans les montagnes françaises – montagnes qui paraissent surtout passablement vides. La voix-off à la première personne, narrant les difficultés du réalisateur (« ça fait deux mois que je n’arrive pas à voir le lynx »…), essaie bien de faire de cette faiblesse une force, en faisant de la frustration un modeste outil narratif. Mais ça aboutit à des contradictions : difficile par exemple d’avaler ce découpage de documentaire animalier familial, ces champ-contre-champs ostensiblement fabriqués, quand une voix-off personnalisée vous assure en même temps qu’elle a pris ce moment sur le vif…

Sur la longueur le film parvient, sans qu’on sache trop si c’est volontaire, à assumer le côté fondamentalement pingre et rare de son matériau visuel. Le numérique assez plat et terne, manquant singulièrement de volume, ou le cadre qui ne parvient à filmer ces animaux qu’à travers plusieurs couches de branchages, viennent finalement souligner ce qu’est une vie de camouflage animalier, face à ces bêtes qu’on peine parfois à distinguer du décor. Le côté ingrat des lieux, peu apte à doper l’imaginaire (territoires forestiers vides d’animaux autres que de petite taille, ville toute proche dont les routes traversent le cadre…), n’est pas non plus incohérent avec cette histoire de lignée maigre aux progénitures peu à peu mises à mort, ou avec cette manière d’intègrer les humains (marcheurs, bûcherons, eux aussi capturés à la volée et de loin) comme s’ils faisaient partie de cet écosystème.

Il reste que le film manque singulièrement d’identité et d’ambition pour embrasser ces potentielles originalités, comme s’il n’osait pas tout à fait sortir du moule documentaire formaté compatible “Disney nature” (ou assimilé), dont il bégaie malgré lui tous les codes (musiques d’Armand Amar, grand vistas, mise en récit forcée) – critères face auxquels il paraît fatalement insuffisant. Une seule scène sort réellement du lot, de par sa relative radicalité : celle de l’intervention nocturne des scientifiques, mise en scène en une myriade de lampes de poches dans le noir, donnant à une simple opération de déplacement animal un caractère étrangement occulte et prédateur.

 

Panique Julien Duvivier / 1946

Monsieur Hire est un homme que ses voisins jugent bizarre, voire inquiétant. Lorsqu’on retrouve le cadavre de Mademoiselle Noblet dans un terrain vague, les soupçons portent rapidement sur lui…

Quelques spoilers.
 

Il règne une sale odeur dans le cinéma français, au sortir de la guerre. Trois ans après Le Corbeau, voici un autre film occupé à filmer le bon peuple français en horde sauvage qui s’ignore, baignant dans un quotidien de sales petits commérages, prompt au jugement moral, aux effets de troupes, et à la tentation du lynchage.

On est évidemment tentés d’y voir l’ombre coupable de ce que fut la France occupée, et la misanthropie logique qui put en découler. Le film à ce titre se tient au croisement de deux époques : celle du réalisme poétique d’avant-guerre, dont il hérite les milieux populaires, les bons mots, les chansons de rue, l’ésotérisme et la fatalité, ou encore les parias (Hire sur les toits semble un écho de Gabin enfermé dans sa chambre face à la foule, dans Le Jour se lève) ; mais aussi l’ère naissante de Clouzot, de sa perfection technique et rythmique, de ses scénarios policiers implacables, du mal qui rôde partout et en chacun, des mécaniques sadiques broyant les personnages. Pour le dire autrement, au sortir de la guerre et sous ce nouveau regard, le cinéma français d’antan a soudain une sale gueule, comme démasqué et coupable, il n’a plus rien de charmant. Le cinéma de Duvivier est certes pessimiste par nature, mais c’est bien plus ici : il semble surtout difficile en 1946 de regarder encore ce peuple et ses oripeaux avec sympathie et bienveillance, de continuer à peindre ce flonflon quotidien comme inoffensif et bon enfant – d’où ce tableau de France populaire dont on aurait comme grippé la machine, qui continuerait à vide, se faisant soudain fanfare pénible, intenable.

Qu’est-ce qui fait alors que ce film, qui se présente comme une œuvre aussi ciselée qu’implacable, peine à susciter mon admiration ou mon adhésion ? Peut-être, au fond, parce qu’il s’installe ici une vision à la misanthropie trop totale pour ne pas paraître un peu satisfaite, fonctionnant sur une mécanique appliquée (jusqu’à sa chanson de fin à l’ironie fière) qui lui donne des airs plus roublards que viscéraux. Tout le monde est à jeter dans Panique, du Michel Simon pathétique et manipulable aux héros intéressés, sans parler des habitués ou de la foule où presque rien ni personne n’est à sauver. Ce qui n’empêche pas le film d’être très fort par moments – notamment dans son approche architecturale (la casbah de Pépé Le Moko, Duvivier la réinvente ici dans le dédale d’un Paris d’escaliers, de couloirs, manège enchevêtré de chambres donnant les unes sur les autres, de toits alambiqués où l’on fuit… Le modèle du décor à la Trauner semble être rentré en dégénérescence). Et puis il y a la forme d’un film ivre de sa propre mécanique d’horreur (ce manège au mouvement inlassable, ces mouvements de foule, la violence de la scène aux auto-tamponneuses) qui sait à l’occasion filer quelques claques, à défaut de tout à fait convaincre.

 

Notes sur les films vus #26 #26

Illusions perdues • Xavier Giannoli (2021)
Le Château de la pureté • Arturo Ripstein (1973)
Julie (en 12 chapitres) • Joachim Trier (2021)
Drive my car • Ryūsuke Hamaguchi (2021)
Anand • Hrishikesh Mukherjee (1971)
Le Sommet des Dieux • Patrick Imbert (2021)
Kaamelott : Premier volet • Alexandre Astier (2021)
Battle Royale 2 : Requiem • Kinji Fukasaku (2003)

Notes sur les films vus #26 #26

Illusions perdues • Xavier Giannoli (2021)
Le Château de la pureté • Arturo Ripstein (1973)
Julie (en 12 chapitres) • Joachim Trier (2021)
Drive my car • Ryūsuke Hamaguchi (2021)
Anand • Hrishikesh Mukherjee (1971)

Le Sommet des Dieux • Patrick Imbert (2021)
Kaamelott : Premier volet • Alexandre Astier (2021)
Battle Royale 2 : Requiem • Kinji Fukasaku (2003)