Notules # 14

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
La Forme de l’eau Guillermo Del Toro USA 2018
Kingsman : Le Cercle d’or Matthew Vaughn USA / Royaume-Uni 2017
Paddington 2 Paul King Royaume-Uni 2017
The Square Ruben Östlund Suède 2017
Three Billboards Martin McDonagh USA / Royaume-Uni 2017
The Age of Shadows Kim Jee-Woon Corée du Sud 2016
Seule la terre Francis Lee Royaume-Uni 2017
Gauguin – Voyage de Tahiti Edouard Deluc France 2017
Épouse-moi mon pote Tarek Boudali France 2017
L’École buissonnière Nicolas Vanier France 2017
Ariane Billy Wilder USA 1957
Trust Hal Hartley USA 1990
Batman et le masque fantôme Eric Radomski et Bruce Timm USA 1993
Quand je serai mort et livide Živojin Pavlović Yougoslavie 1967
Zombillénium Arthur de Pins et Alexis Ducord France / Belgique 2017
Ethel & Ernest Roger Mainwood Royaume-Uni 2016
Ferdinand Carlos Saldanha (Blue Sky) USA 2017
Opération casse-noisette 2 Cal Brunker USA / Canada / Corée du Sud 2017
Bigfoot Junior Ben Stassen et Jérémie Degruson Belgique 2017
The Mountain Between us Hany Abu-Assad USA 2017
Last Call (The Family Man) Mark Williams USA 2016
Vincent-N-Roxxy Gary Michael Schultz USA 2016
Escape Room Will Wernick USA 2017
The Vault Dan Bush USA 2017

Notules # 13

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Herbes flottantes Yasujirō Ozu Japon 1959
Les Cents Cavaliers Vittorio Cottafavi Italie 1964
Le Jour où la terre s’arrêta Robert Wise USA 1951
L.A. Confidential Curtis Hanson USA 1997
Equus Sidney Lumet Royaume-Uni 1977
Vanity Fair (TV) Andrew Davies & Marc Munden Royaume-Uni 1998
Gouttes d’eau sur pierre brûlantes François Ozon France 2000
Bleeder Nicolas Winding Refn Danemark 1999
Le Grand méchant renard Benjamin Renner & Patrick Imbert France / Belgique 2017
Une vie violente Thierry de Peretti France 2017
Nothingwood Sonia Kronlund France 2017
À voix haute Stéphane De Freitas & Ladj Ly France 2017
Ce qui noue lie Cédric Klapisch France 2017
La Colle Alexandre Castagnetti France 2017
Nos patriotes Gabriel Le Bomin France 2017
Comment j’ai rencontré mon père Maxime Motte France 2017
Message from the King Fabrice Du Welz France / USA 2017
Overdrive Antonio Negret France / USA 2017
Baby Driver Edgar Wright Royaume-Uni / USA 2017
Captain Underpants David Soren (Dreamworks) USA 2017
Departure Andrew Steggall Royaume-Uni 2017
Rara Pepa San Martín Chili 2017
Berlin Syndrome Cate Shortland Australie 2017
The Hero Brett Haley USA 2017

La Légende de Gösta Berling Mauritz Stiller / 1924

Vers 1820 dans le Värmland, le pasteur Gösta Berling est chassé de son presbytère pour ivrognerie. Il devient le précepteur d’une riche et pieuse héritière…

Légers spoilers.

Le cinéma de Stiller, quand bien même on peut en admirer la rigueur, a quelque chose d’assez sec et austère, notamment comparé à celui de Sjöström : l’absence de concessions au sentimentalisme, le style un peu pingre et ces manières de pasteur, peuvent déprimer jusqu’aux plus patients (qui, franchement, aura ri devant le sinistre Erotikon ?). Il reste qu’on a un peu peur en lançant La Légende de Gosta Berling, peur de voir le plus inflexible des Suédois se faire bouffer par l’académisme de la fresque et de la grande adaptation, et s’y endormir. On s’inquiète et on a tort : c’est Stiller qui bouffe le projet.

Et on ne peut s’empêcher de penser que toutes ces années de discipline paient, quand vient la confrontation du cinéaste sévère à l’immensité d’un récit aux circonvolutions passionnées, qui semble chaque instant tendre milles mains au plaisir offert des envolées lyriques, aux facilités d’une immédiate empathie. Stiller n’y cède pas. Le sentiment de grandeur qui parcourt son film n’a pas besoin de grand chose : ce n’est pas à l’épate que son film impressionne, que son monde aristocrate fascine, ou que le goût de l’aventure fait son nid. La mise en scène de Stiller est d’abord majestueuse parce qu’elle est consciente, droite et limpide, chaque plan chargé d’avoir été pensé, jamais la main ne tremble. Le moindre petit débordement (un emportement à l’église, un plancher qui fume, la vision fugace d’une meute de loups dans la nuit…) suffit alors à dégager une folle odeur de baroque – et quand la maison brûle, le film explose.

Plus encore, le film marque par sa rage narrative (histoires encastrées dans d’autres histoires, tempête de personnages secondaires aux lignes croisées) : chaque possible dénouement ouvre une nouvelle porte, dans une chaîne romanesque qui semble ne jamais devoir s’éteindre, au point qu’on abandonne assez vite l’idée de prédire le moment où le récit arrivera à sa conclusion. C’est un infini plaisir que de voir cette haute société non pas abordée sous l’angle des dentelles (petites messes basses de banquet, jeux du caché et du paraître), mais fouettée de personnages fiers, de configurations quasi-mythologiques (les douzes cavaliers), ou du spectre constant de la destitution – la plus haute figure peut d’un geste se trouver renvoyée au noir et à la nuit, le plus innocent visage peut souffrir des ravages de la maladie. Pris dans cet ouragan narratif, les rapports entre personnages étincellent, à commencer par la relation à la fois maternelle, loyale, et haineuse qui lie les aristocrates déchus à leur Commandante (impériale Gerda Lundeqvist, dont la maturité bouffe l’écran à chaque apparition).

À deux moments seulement, Stiller s’endort un peu : lors de la fête du troisième acte, où la peinture des grandes réceptions mondaines se fait plus conventionnelle ; et dans l’acte final, qui referme sans trop de convictions les fils d’un récit dont le climax est déjà passé. Pour le reste, loin d’être ce à quoi on le réduit souvent, c’est-à-dire au premier film de Greta Garbo (dans un rôle qui reste d’ailleurs ici relativement secondaire), La Légende de Gosta Berling s’impose tout bêtement comme un sommet du cinéma muet.

Gösta Berlings saga en VO.

Notes sur les films vus # 10

Shanghaï Express • Josef von Sternberg (1932)
Rester vertical • Alain Guiraudie (2016)
Halloween • John Carpenter (1978)
La Perle • Emilio Fernández (1947)
La Vie au Ranch • Sophie Letourneur (2009)
Nocturama • Bertrand Bonello (2016)
Spotlight • Tom McCarthy (2015)

Des êtres dans la nuit d’été • Valentin Vaala (1948)

Notules # 9

Votre catégorie recoupe l’un (ou plusieurs) des films suivants :
Le Cygne noir Henry King USA 1942
Salamandra Pablo Agüero Argentine 2008
Tout droit jusqu’au matin Alain Guiraudie France 1995
La Loi de la jungle Antonin Peretjatko France 2016
Les Ogres Léa Fehner France 2016
Robinson Crusoé Vincent Kesteloot France-Belgique 2016
Le Sanctuaire Corin Hardy Irlande 2016
Manipulations Shintaro Shimosawa USA 2016
Bowfly Park Jens Östberg Suède 2016

Le Charmeur gitan Valentin Vaala / 1929

Un jeune chef gitan, dont les femmes se disputent les faveurs, doit se marier avec la fille d’un autre clan.

Légers spoilers.

Les tziganes semblent avoir traversé le cinéma muet en pointillés, comme un fil rouge fantasmatique : déjà dans le muet danois, le gitan enlevait les bourgeoises éplorées, qui se convertissaient certes à la dure vie des forains, mais aussi au monde brûlant des passions. Dans Le Charmeur gitan, le monde tzigane n’est même plus cette incursion venue chambouler le monde rangé de la bourgeoisie : c’est une diégèse à part entière, auto-suffisante. Un univers qui reprend beaucoup au western (le camp évoque autant les caravanes de pionniers que les villages indiens du muet – on retrouve même une attaque de diligence), mais qui répond d’abord aux ordres d’un exotisme incandescent. L’extase de la vie sauvage cohabite avec des tentes aux intérieurs dignes d’un palais, la sadisme du fouet et le triolisme côtoient un romantisme immaculé, le folklorisme des costumes alterne avec des éclairs de nudité… C’est peu de dire que le prisme est large.

Le jeune Teuvo Tulio, qui n’est alors encore qu’acteur (une sorte de Rudolph Valentino local, semble-t-il), joue déjà la passion comme il la mettra lui-même en scène, quelques années plus tard : comme un phénomène inquiétant, reptilien, qui déforme le visage en grimaces et sourires sardoniques. Mais c’est un autre homme qui est ici derrière la caméra : Valentin Vaala, loin de l’approche froide et analytique de son collègue, réussit la jonction entre une façon toute humaine d’approcher le désir (son film est parsemé de gros plans frémissants, de visages caressés par la mise au point), et l’inscription de sa romance dans l’ampleur allégorique de la forêt. La nature alentours fait du camp un décor naïf et atemporel, une scène abstraite (les deux clans à lier, par exemple, ne sont séparés que d’un mince cours d’eau) ; le seul écart moderne que se permet le film (l’incursion d’un train, et d’une poursuite policière) prendra une forme brutale et violente, envoyant ensuite le héros panser ses plaies à la source, dans le calme de la forêt : le passage-éclair de la civilisation, dans le film, ressemble à un coup de griffes.

Si l’inspiration de certains moments, de certaines images, vient tutoyer Murnau, Vaala perd malheureusement trop souvent son ascendant sur le récit. Au-delà des carences objectives du script (une proto-comédie de remariage, qui brûle trop d’étapes pour mériter son final), le film a parfois tendance à se mettre un peu froidement au service des péripéties : entre la scène de noces et celle de la fête dansée (soit une bonne moitié du film, tout de même), Vaala n’aborde plus les intrigues que sous l’angle tactique (pièges et traquenards des femmes jalouses : l’humour excepté, on baigne alors dans une pure logique de vaudeville). Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’à ce moment, gros plans comme grands tableaux désertent les images, abandonnant toute hauteur de vue pour seulement se consacrer aux stratégies des personnages, sans les faire résonner d’aucune façon…

Le Charmeur gitan est donc d’abord la découverte d’un cinéaste (justement réputé, en Finlande), plus que celle d’un grand film. Mais cette première oeuvre, réalisée à seulement 20 ans, laisse augurer d’une exceptionnelle filmographie.

Mustalaishurmaaja en VO.