up russ meyer

Up ! Russ Meyer / 1976

Dans un paysage montagnard et désert, la plantureuse Margo Winchester, au tour de poitrine impressionnant, est attaquée par un voyou : elle se défend et parvient à tuer son agresseur. Elle est recueillie par le policier Homer Johnson...
 

Chair toujours aussi joyeuse et réjouissante chez Meyer, qui va ici de pair avec une série de délires (nazis, cluedo, dialogues sur-littéraires décalés) parfois presque trop calculés. Ce décalage absurde n’est pas vraiment le dommage collatéral (la part folle, énergique) d’un film qui irait trop loin sans regarder à la dépense : c’est au contraire une originalité travaillée et bien mise au centre, voire un peu fièrement célébrée dans sa bizarrerie surlignée. Sans nier le plaisir pris, on peut y préférer un humour plus débridé, instinctif ou naïf, d’autant que dans ses moments moins inspirés, le film flirte avec l’effet Pécas (gags à bruitages, musique pouet pouet qui souligne le côté bouffon – dis-je sans voir jamais vu de film de Max Pécas…).

C’est néanmoins bouder son bonheur tant le film est rythmé et plein d’idées, rigoureux mais déconneur, faisant preuve d’une sensualité indéniablement efficace (les garçons ne sont pas en reste). Dommage que la dimension érotique du film serve parfois de prétexte à de longs ventre-mous, dans le tiers central notamment, lorsque les scènes de sexe s’enchaînent un peu automatiquement, et que seules les incursions un peu forcées de la narratrice viennent pointer toutes les dix minutes à l’écran, pour que l’ensemble reste autre chose qu’un simple film de fesses.

Une chose interroge, également : cette omniprésence du viol, du sexe forcé, ou consenti en échange de service. Faster Pussycat me semblait dessiner un univers de femmes puissantes, presque déifiées, face auxquelles l’agressivité de la sexualité masculine apparaissait pathétique. Il en reste d’ailleurs quelque chose ici, par le recours systématique à ces sexes en carton-pâte, qui rendent les élans virils grotesques et dérisoires. Mais malgré cela, Meyer ne résout pas vraiment le paradoxe d’une dialectique (celle de tout cinéma érotique de l’époque) qui, tout en chantant la puissance des femmes, crée des films tout entiers consacrés à en user pour satisfaire l’œil d’un public masculin. Ambiguïté d’ailleurs pas dénuée de richesse, mais je crains que s’il s’en tient à ce statu-quo sans en explorer l’étrangeté, son cinéma finisse par lasser.

Mega Vixens en VF. (F)

Le Chevalier de Maison-Rouge

Le Chevalier de Maison-Rouge Albert Capellani / 1914

Paris, 1793, pendant la Terreur. Le Chevalier de Maison-Rouge fomente un complot pour faire évader la reine Marie-Antoinette. Il reçoit l’aide de Dixmer, son beau-frère, maître-tanneur vu par ses concitoyens comme un ardent révolutionnaire…
 

De loin, Capellani semble être une sorte d’héritier gonflant du déjà très gonflant “Film d’Art”. Les textes croisés sur le net insistent sur l’innovation de son œuvre, sur sa nature de “chaînon manquant français” entre Zecca et Griffith – notamment par ses panoramiques, ses inserts, ou le réalisme de ses tournages en extérieur. Sans remettre en cause la validité de ces visions d’historien, je reste un peu dubitatif sur l’intérêt d’aller apprécier le film sous cet angle-là, tant c’est aller y chercher à la tractopelle quelques miettes dérisoires. On y trouve deux travellings (qui pour le coup font certes vraiment évènement), peut-être 10 inserts à tout casser ? On reste dans un cinéma fondamentalement “en tableaux”, quand bien même ceux-ci sont parfois articulés, et le nier en allant chercher l’identité du film ailleurs, dans un futur cinématographique dont on devinerait les quelques premières traces ça et là, me semble surtout être l’occasion de rater ce qui en fait la saveur.

Car c’est justement le tableau qui fait la force du film : ce qui séduit ici est l’alliage du geste naturaliste et de compositions presque iconiques, qui en prenant forme semblent soudain symboliser ou résumer la situation, comme dans l’instantané schématique d’une fresque. Dans ce récit foncièrement anti-révolutionnaire, c’est par exemple très parlant pour la Reine, figure droite entourée de ses suivantes, qui en se figeant dans une pose ferme, à l’endroit stratégique du tableau, tient en respect le chaos des sans-culottes qui l’assaillent. Ainsi avance le récit, par l’à-coup de compositions auxquelles le réalisme (de jeu, de détail) donne corps : que le roman soit foisonnant ou non, il y a là un art évident du compactage, du condensé en situations fortes – qui font d’ailleurs que le film ne comporte absolument aucun carton de dialogue (je ne sais pas si c’est une mode de l’époque où juste une originalité de Capellani, mais c’est en tout cas très cohérent avec la manière de son film).

Il est agréable de redécouvrir le cinéma en tableaux français sans cette impression de théâtre filmé qui lui colle parfois à la peau au début du siècle – même si ça implique, au fond, de préférer au cinéma forain et populaire, et à sa fragmentation très libre, une normalisation et une forme longue venant faire du pied au public bourgeois, en flattant ses envies de sérieux. Qu’importe, le film est assez irréprochable dans ses deux premiers tiers, quand toute l’intrigue est épurée autour du plan d’évasion à mener à bien. La dispersion qui s’ensuit est moins bien pensée, et les deux derniers chapitres sont plus hésitants : il aurait alors sans doute fallu choisir l’un des duos de personnages, et se focaliser prioritairement dessus pour traverser les évènements de façon plus intime (car la fin, qui veut rattraper le déficit émotionnel si maladroitement qu’elle en semble parodique, en revient aux travers sentencieux du cinéma des théâtreux).

(F) [extrait]